
0,1 % d’incertitude 506 / 1962 mots
Ils se sont trompés, et nous l’avons su trop tard. Finalement, ça vaut peut-être mieux pour tout le monde. On se demande lesquels sont les plus chanceux entre ceux qui sont partis dans les premiers jours et ceux qui ont survécu.
Dimanche 21 mars 2021, 2001-FO32 aurait du passer à « environ » deux millions de kilomètres de la terre, soit « environ » cinq fois la distance Terre-Lune et aurait du être un joli spectacle pour les amateurs équipés d’une bonne lunette. Les calculs étaient exacts avec un indice de confiance de 99,9 %. Finalement, il nous est tombé sur le coin du nez et aujourd’hui nous avons tous besoin de lunettes pour distinguer à cinquante mètres devant nous dans le brouillard perpétuel que sa collision a soulevé.
Pensez donc, cent vingt-quatre mille kilomètres par heure et une trajectoire qui se dessine depuis la nuit des temps jusqu’à cet instant précis où la Terre stoppe sa course. J’ai déjà lu des essais sur le sujet, à savoir s’il est raisonnable pour les scientifiques d’annoncer la fin du monde s’ils en ont connaissance avec certitude. La réponse est non, évidemment. Il ne sert à rien de répandre la terreur. Une telle annonce créerait une vague de chaos sans précédent. Cela n’aiderait pas ceux qui n’ont aucune probabilité de survivre, de passer leurs derniers instants dans une panique complète. D’autre part, déclencher une désorganisation totale au niveau planétaire desservirait les intérêts des puissants qui disposent de toute une logistique pour rejoindre discrètement leurs bunkers sécurisés. Pourtant, je suis persuadé que cette fois, ils se sont vautrés dans leurs calculs. 0,1 % de marge d’erreur. Qu’est-ce que cela signifie quand on parle d’un objet né aux confins de l’univers et du temps ? N’est-ce pas présomptueux de prétendre connaître la destinée d’un tel objet, phénoménal pour nous, mais qui ne reste qu’une poussière à l’échelle cosmique ? 0,1 % d’incertitude et les deux millions de kilomètres se sont transformés en collision. Notre seule chance a été que la rencontre a eu lieu avec un angle tangentiel assez important pour détruire le projectile sans anéantir la terre. Un choc frontal nous aurait été fatal.
Au moment de l’impact, FO32 a écrasé purement et simplement la population à trois cents kilomètres à la ronde et a sublimé instantanément tout être vivant dans un rayon de mille deux cents kilomètres. Il est tombé en Suisse. Le pays a été rasé de la carte ; la neutralité ne semble pas être une valeur cosmique. Le sol a craqué, torturé de soubresauts. Un vent d’une puissance inimaginable a couché tous les édifices et tous les arbres sur son chemin. La boulle de feu a tout réduit en cendre. Le Jura et les Alpes se sont effondrés et les lacs ont été vaporisés. Les neiges de toute l’Europe ont disparu en quelques jours sous une chaleur suffocante et le ciel s’est obscurci durablement avec une perte de luminosité de près de quarante pour cent, signant la nullité des récoltes hors serres pour plusieurs années.
Fiche de lecture de la nouvelle "0,1 % d’incertitude"
Informations commerciales
Nouvelle uchronique
2428 mots
Cette nouvelle fait partie du recueil « Nouvelles Noires pour Nuits Blanches » disponible sur Amazon.
Dépôt légal novembre 2022
Résumé
Une comète devait passer au large de la terre. Les calculs sont faux (ou la vérité est cachée). La comète venue de la nuit des temps entre en collision avec la terre. Les dommages immédiats sont colossaux. À long terme, c’est encore pire. Réchauffement de l’atmosphère, obscurcissement du ciel. Extinction de masse des végétaux, puis des grands mammifères terrestres. Disparition du plancton. Dans les océans aussi, la chaine alimentaire est brisée.
Qu’est-ce qui laissera place au chaos pour les survivants ?
Le processus de création
Le 15 mai 1768, Louis XV achète la Corse et un futur empereur.
Vous vous demandez où est le rapport ? Et bien moi aussi…
Je ne sais pas ce qui s’est passé. Ça a dérapé. Au départ, je voulais écrire une uchronie sur ce qui serait arrivé si Napoléon n’avait pas été français, ou juste si la France n’avait pas envoyé en corse une troupe conséquente pour écraser dans le sang une révolte qui a épargné miraculeusement la famille Bonaparte. J’ai commencé à écrire un plan et à rassembler des idées et ça s’est arrêté là.
Lors de mes recherches, j’ai glissé sur un lien internet qui parlait de cet astéroïde, ou alors j’ai regardé mes Google actus et je suis tombé sur un article parlant de cet astéroïde 2001-FO32 qui a « frolé » la terre et toute mon inspiration a été accaparée par cette information.
Et si…
Ça commence souvent comme ça, les histoires. Un fait banal, et à côté il y a un « oui, mais… » ou un « et si… » et là, c’est le drame, tout s’enchaine, comme dirait cette très mauvaise voix off de documentaires bons marchés.
Dans la vraie vie, 2001-FO32 est passé à côté de nous, pour cette fois, et la plupart des gens ne s’en sont pas rendu compte. Tout le monde s’en fout. L’univers est plein de ces trucs qui dérivent. La dernière fois, j’ai regardé un reportage parlant de la période à laquelle notre galaxie va croiser celle d’andromède dans une gigantesque collision apocalyptique. Un chamboule tout de planètes qui risque même de secouer Azathoth au centre de le l’univers au-delà de l’espace et du temps. Un tourbillon de galaxie va en percuter un autre et on sera dedans. Enfin, façon de parler, ni vous ni moi et au train ou cela va, pas sûr qu’il y aura de toute façon des êtres humains pour s’en apercevoir.
Le « et si… » de 2001-FO32
Il ne s’agit pas d’écrire la fin de la planète Terre par une collision brutale et définitive. Aucun intérêt. Il ne s’agit pas non plus d’un truc si colossal qu’il crée une nouvelle lune et opère une remise à zéro de la planète. J’ai voulu écrire ce qui se passerait si les calculs étaient juste un peu faussés et que le projectile stellaire, au lieu de frôler la terre la frottait à une vitesse assez phénoménale pour raser une partie de la terre, mais pas tout. Pour que ce soit « amusant », il fallait qu’une partie mange sévère et une autre, par chance, reste épargnée.
Voilà pour le cadre général de l’histoire.
Les personnages
J’ai choisi de mettre le narrateur à la place d’un survivant de l’impact. Quelqu’un qui a vu la catastrophe et qui essaie de s’en sortir. Une personne qui contemple le chaos qui s’installe. Un homme suffisamment intelligent pour savoir qu’il n’est pas apte à survire à cette désolation. Il veut gagner du temps et laisser un témoignage, aux suivants.
J’ai donc écrit à la première personne, pour plus d’immersion dans l’expérience d’un homme seul qui a tout perdu, mais qui tente de survire et se raccroche à ce qu’il peut.
À rebours, je me rends compte (à travers les retours que j’en ai eus) que cette nouvelle aurait sans doute mérité d’être plus longue. J’aurais dû beaucoup plus insister sur le côté humain au début. À force d’aller droit au but, j’en néglige d’étoffer, un minimum, mes personnages pour les rendre plus vivants et mieux impliquer le lecteur dans leurs histoires. Il faudra que je fasse une version 2 de cette nouvelle dans une prochaine édition.
L’intention du texte
Je n’ai pas su la développer dans le cadre d’une nouvelle. C’est pour cette raison que je ne fais que la mentionner. L’idée était de se demander si, dans le cas où les scientifiques étaient au courant d’une collision, si l’information, serait livrée au public.
Sincèrement, j’ai quelques doutes à ce sujet. Il y aurait probablement des fuites. Aujourd’hui, il est compliqué de cacher une information sensible. Mais à mon avis, il n’y aurait pas de communication gouvernementale officielle. Je pense que ceux qui nous dirigent n’auraient aucun intérêt à nous livrer au chaos pour les derniers jours, ou mois qui nous resteraient à vivre.
Le mot de la fin
J’en ai profité pour glisser une nuance à propos de la notion d’anarchie qui me chiffonne souvent.
Anomie : état de désordre et de chaos dans lequel est plongé un système dont l’autorité centrale est défaillante.
Anarchie : souvent utilisé à tort avec une connotation péjorative, est un système de société (parfois jugé utopique ou archaïque) fondé sur une démocratie directe et la négation d’une autorité centrale, qui exclut le système de classes, la domination d’un individu ou d’un groupe et la notion de propriété privée. Elle est basée sur l’entraide et la coopération.
Des études indiquent que ce système appliqué à l’être humain avec ses caractéristiques n’est pas viable au-delà d’une quarantaine de personnes, seuil à partir duquel une spécialisation des tâches dans le groupe doit se mettre en place laissant le chemin à l’émergence d’un chef, coordinateur.