
L'hiver arrive, 501 / 1483 mots
Il était une fois, un peuple de petits êtres qui vivaient paisiblement au pied d’une montagne dans une grande forêt, habitée par un esprit sylvain millénaire qui était l’âme de la forêt. Les petites créatures avaient montré depuis longtemps leur capacité à vivre en harmonie avec la nature. Si bien que l’esprit les avait élues gardiennes des arbres et des animaux, petits et grands, qu’ils abritaient. Tous ceux qui parcouraient les chemins verdoyants, et étaient animés de bonnes intentions, se trouvaient sous leur protection. L’esprit leur apprit le secret de la poussière de soleil. Elle leur donna la faculté de voler, mais elle avait aussi le pouvoir d’attirer la lumière sur tout ce qu’elle enveloppait. Ces créatures jurèrent de défendre la forêt. Depuis ce jour, on les appelle des fées. Le soleil brillait tous les jours. Les plantes croissaient vigoureusement et beaucoup d’espèces peuplaient les herbes et jusqu’aux plus hautes branches des abris étaient offerts à tous les animaux.
Un jour, une sorcière de glace s’installa sur le plus haut pic de la montagne qu’elle couvrit de blanc. Rapidement, le manteau de givre descendit et enveloppa toute la montagne, mais la sorcière qui en voulait toujours plus n’était pas satisfaite. Elle revendiqua la possession de la forêt en contrebas, car elle avait besoin de plus de froid pour étendre son pouvoir sur le monde qui l’entourait. Avec l’aide de leurs architectes et de l’esprit sylvain, les fées repoussèrent la sorcière et conclurent un pacte avec elle pour vivre en paix. Leur accord prévoyait un équilibre entre le temps des fées et le temps de la sorcière. Ainsi, elles créèrent les saisons. La moitié de l’année pendant laquelle le soleil réchaufferait la forêt, la sorcière sommeillerait. L’autre moitié de l’année, pendant laquelle le gel couvrirait le paysage, les fées mettraient la nature en veille.
Ce matin, la forêt s’éveille doucement. Le printemps bat son plein. Adénays et Enduriel adorent regarder les gouttes de rosée étinceler dans la lumière fraîche de l’aube naissante. Elles volettent parmi les bourgeons et les jeunes feuilles portées par les arbres. C’est la saison que les fées préfèrent, la nature se réveille et revit. Cela les rend heureuses et elles s’assurent que tous les habitants de la forêt se portent bien, jusqu’à la lisière des premiers arbres. À travers les dernières branches, une lumière pâle, familière et intrigante filtre, puis un souffle inhabituellement froid leur parvient. Quelques mètres plus loin, elles voient avec effroi l’herbe verte de la veille, couverte de neige. De jeunes pousses en sortent, enveloppées d’une pellicule de glace mortelle. Un ciel gris et menaçant cache le soleil. Juste sous leurs pieds, elles voient le lapin Artemus, figé dans un mouvement de fuite, dans un bloc de glace. Son œil brille encore de la peur et de la surprise qu’il a ressenties avant d’être submergé par la vague de froid.
— Enduriel ! N’avance plus ! prévient Adénays.
— C’est de la neige ? Pourquoi est-elle revenue ? interrogea Enduriel, en quittant la couverture de la forêt.
L'hiver arrive
Ça doit être la première nouvelle de fantaisie que j’écris.
Pour celle-là, je voulais du grand classique : des fées, des enjeux de grande ampleur et un méchant, ou plutôt une méchante, car quoi de mieux qu’une sorcière.
Reste à trouver ce qui pourrait opposer une sorcière à des fées… Et là, j’ai plusieurs idées qui se bousculent d’un coup. D’abord ce dessin animé où des espèces de « fées » sont menacées par d’autres petites créatures qui pourrissent toute leur forêt. J’ai aussi la reine des neiges qui se rapproche du sujet. Je ne sais pas pourquoi. Et puis un titre qui devient évident.
C’est rare, car chez moi, le titre ne vient jamais en premier. Il découle toujours du texte et j’essaie de le choisir le plus approprié possible après l’écriture. Là, il arrive d’abord ; en clin d’œil à un célèbre titre de série. Oui, vous allez me dire, je ne me suis pas beaucoup cassé la tête, c’est sûr. Et puis tant qu’on y est, on pourra dire aussi que c’est carrément du racolage. Oui. Et alors ?
Cette nouvelle s’appelle « l’hiver arrive ». Maintenant, il faut faire coller le texte. Les fées vivent dans une belle forêt. Normal. Une sorcière de glace vient leur piquer cette forêt et la recouvrir de neige. Normal aussi, c’est la méchante. J’aurai besoin d’un enchaînement de ce type :
Situation initiale, les fées vivent dans la forêt.
Embûche, une sorcière leur conteste la domination de la forêt.
Déclaration de guerre et retour à l’équilibre avec un partage de la forêt.
Re embûche, la sorcière rompt le pacte.
Re déclaration de guerre avec combat pour chasser la sorcière.
Situation finale, les fées ont progressé et vivent à nouveau dans la forêt.
Mouais, sauf que les deux embûches sont identiques et donc répétitives… la première servira donc de contexte. Comme c’est la moins intéressante, elle ne sera pas développée.
OK, ça peut tenir la route, c’est parti.