experimentalx35 - jimmy gieu - 4e
2 étoiles

Une Science-Fictiond'une autre époque

Informations commerciales

Expérimental X-35 est un roman de SF
Grand prix du roman science-fiction 1954
Prix du roman ésotérique 1969
Grand prix du roman SF Claude Auvray 1973
Première édition par fleuve noir en 1960
Dépôt légal 4e trimestre 1981
Je vous laisse juge de l’incohérence de ces informations tirées du livre. D’autre part, je me demande comment il est possible qu’un livre obtienne des prix pendant 19 ans d’exploitation.

Résumé de Expérimetnal X-35

Un spationaute revient sur terre dans sa capsule de sauvetage après un voyage autour de Vénus. Il est considéré comme mort depuis 5 mois. Une fois que la base a perdu le contact avec le vaisseau, la capsule ne lui autorisait théoriquement que 2 semaines de survie. Après son atterrissage, les techniciens comprennent qu’il a ramené avec lui des choses incompréhensibles et dangereuses.

Le contexte SF de 1960

Ces « vieux » livres de SF sont comme des hublots à travers lesquels on voit un futur alternatif vu du passé. Dans celui-ci, il ne faut que trois semaines pour faire le tour de Vénus en vaisseau spatial. Dans le même temps, les caméras de surveillance enregistrent sur des bandes magnétiques et leurs armes sont des bazookas…

Mon analyse de Expérimental X-35

Le livre contient beaucoup de dialogues. Il s’éternise sur le retour du spationaute, son observation, son récit et la découverte des anomalies qu’il a rapportées.

Le scénario

Il est plutôt simple et se veut sans doute moralisateur. C’est le sentiment que j’en dégage. Sauf que c’est une sorte de morale à l’américaine complètement dépassée et beaucoup d’éléments ne collent pas. J’ajouterais même qu’il a de forts relents de guerre froide. Un spationaute prouve l’existence d’un peuple vénusien dans une réalité parallèle dont il a trouvé le chemin. Ces Vénusiens sont envahis par une espèce étrangère assez peu hostile, des « petits gris », qui ont le pouvoir de se métamorphoser à volonté en objets inertes. Leur camouflage est donc très efficace. Naturellement, un de ces petits gris arrive sur terre dans la capsule de secours.

La justification de l’emploi de la force

Quand les humains comprennent ça, il est immédiatement considéré comme un espion. Il est traqué et tué sans avoir cherché à établir la communication ni d’un côté ni de l’autre. Ensuite, les humains décident que cette race est dangereuse et qu’il faut repartir dans l’espace pour la détruire… Ha oui, je vous avais prévenu, une bonne logique américaine bien lourdingue.

p150 : « si après ça, si le président ne nous donne pas le feu vert pour organiser une expédition armée sur Shuloolrha (la planète Vénus du monde parallèle), je flanque ma démission et j’ouvre une succursale de l’Armée du Salut ! »

« Le débarquement clandestin de ce monstre et ses agissements sont ceux d’un… agent de renseignement venu opérer en terrain ennemi. »

p151 : « Si les civils étaient mis au courant de ces évènements, ils nous reprocheraient de les voir à travers le prisme déformant du “militarisme”. Mais ils seraient les premiers à nous appeler à la rescousse si ces êtres venaient à débarquer en nombre sur la terre. »

Ces passages sont surprenants. L’auteur a conscience de l’interprétation que pourrait en faire le public, mais choisit de lui donner la légitimité d’une action préventive pour le bien de la terre. Le personnage du général qui prend cette décision est le personnage principal de toute la première partie du livre qui se déroule sur terre. C’est lui qui gère les analyses et qui prend les décisions. Ces décisions sont validées par les scientifiques et spationautes. J’en déduis que ce n’est pas un antihéros qui servirait à prêcher le faux, mais bien la vision qu’a l’auteur de la science-fiction.

La cohérence comportementale

Les petits gris arrivent sur Vénus sans rien dire aux Vénusiens. Ils kidnappent des gens pour les analyser et étudier leurs pensées. Quand le premier humain su perd dans l’espace, il est aussi kidnappé pour analyser ses pensées. De mon point de vue, c’est surprenant. Soit ils sont conquérants et déclarent la guerre pour annexer la planète soit ils sont dans l’échange et se présentent pour établir le contact.

Le petit gris qui arrive sur terre se dissimule. On ne sait pas ce qu’il est venu chercher. Sous prétexte que des objets extraterrestres ont explosé dans la base parce qu’ils ont été manipulés n’importe comment, il est jugé hostile et tué.
Quand les humains se dirigent vers Vénus avec leurs vaisseaux, les petits gris envoient un vaisseau d’interception. Il est détruit par les humains. Encore une fois, il n’y a eu aucun échange entre les deux partis.

Une fois sur Vénus, les humains font ami-ami avec les Vénusiens qui les voient arriver en sauveurs. Les petits gris sortent de leur isolement et viennent s’excuser pour leurs méthodes qu’ils justifient par leur peuple à l’agonie et les ressources qu’ils sont venus chercher.

Ils expliquent qu’ils n’ont pas jugé les humains et les Vénusiens suffisamment altruistes pour simplement leur demander de l’aide ou l’autorisation de puiser dans les ressources dont ils ne se servent pas…

Je trouve cette mentalité dramatique. On est au niveau des cow-boys en Amérique ou de l’organisation du pillage de l’Afrique par l’Europe.

Les personnages

Ils sont dépourvus de curiosité et d’affect. La tentative de rapprochement entre le spationaute et la Vénusienne est presque grotesque. Dans le scénario, ils ont tous un rôle parfaitement défini qu’ils occupent à merveille, mais ce sont plus des robots que des êtres humains dotés de réflexion. Ils traitent leurs découvertes extraterrestres avec beaucoup de laxisme. Leur méfiance envers le petit gris est complètement disproportionnée comparée à celle dont ils font preuve avec les objets extraterrestres qu’ils finissent par faire exploser. Bien sûr, je ne connais pas les procédures en vigueur à l’époque, mais je doute qu’elles aient été aussi brouillonnes.

Les lieux

Ils sont absents. Le labo est décrit en large et en travers. Malheureusement, c’est un aspect qui sert le livre en 2024 plutôt que l’inverse. Ce qui est censé être une zone expérimentale à la pointe ressemble plus à une salle de TP de lycée. La planète Vénus du monde parallèle aurait pu être magnifique, prometteuse, une sorte d’Eden, mais on n’en a qu’un aperçu, quand le vaisseau arrive. De grands arbres, des plantes bleues et de gros insectes volants qui se gardent de les approcher.

Que vaut Experimental X-35 aujourd’hui ?

Franchement, ce livre a pris un trop gros coup de vieux pour avoir un intérêt aujourd’hui. Il se concentre sur des aspects idéologiques qui n’ont plus cours et sur des aspects vaguement scientifiques qui sont dépassés.

Si on retire les vaisseaux, c’est une histoire américaine de protection préventive contre une éventuelle invasion étrangère.