Les chats, 490 / 865 mots

Ils étaient devenus une énigme à propos de laquelle on s’interrogeait depuis longtemps. Avec leur air un peu inquisiteur, souvent distant, parfois hautain, et cette manie de toujours donner l’impression qu’ils regardaient à travers vous ; ils nous étaient devenus étrangers, au fil du temps. Certaines fois, il était même possible de se sentir mis à nu sous leurs regards d’examinateurs qui voyaient au fond de vous. Ils s’étaient imposés dans tous les coins les plus confortables que l’homme avait su créer. Dans leur grande assurance, les humains prenaient les chats pour des animaux domestiqués sans comprendre le véritable sens de leurs relations. Pourtant, ils étaient absents de la vie, la plupart du temps. Ils traversaient l’existence avec une telle discrétion qu’ils en devenaient suspects pour qui analyserait cette relation avec suffisamment de recul et moins de passion. Le chien a raflé le rôle du meilleur ami et du plus fidèle, malgré tout, il dort dans une cabane en bois devant la maison. Le chat a un coussin à son nom. Le tigre est un animal, qu’on peut résumer à son statut de prédateur, mais il est fascinant et majestueux. Aussi redoutable et magnifique qu’il soit, c’est un maillon d’une longue chaîne. Là encore, le chat échoue à se hisser à sa hauteur. Trop paresseux pour être un vrai chasseur, il se contente quelques fois d’être un opportuniste pour donner le change.

Les chats s’étaient retranchés en eux-mêmes, au moins autant qu’ils s’étaient imposés dans les salons. Absorbés par leurs longues méditations tels des maîtres zen, ils n’étaient les maillons d’aucune chaîne. Quand leurs corps reposaient sur un édredon de plume, étendus dans le sommeil du juste durant des heures, une moustache frémissante par intermittence, leurs esprits voyageaient-ils outre-monde ? Impossible de dire depuis quand nous étions en leur compagnie. Ils étaient, pour ainsi dire, là depuis toujours. Par le passé, ils avaient réussi à se faire vénérer comme des dieux par une civilisation très évoluée. C’est peut-être cet aspect qui nous a trompés sur leur nature. Nous étions prêts à tout pour un ronronnement ou une œillade. Nous leur avons tout donné, et plus encore, par souci de satisfaire ces êtres délicats : arbres à chats, souris en peluche, croquettes bio, goût saumon d’élevage… De leur côté, ils ont toléré un collier avec une médaille à leur nom pour endormir notre vigilance.

Et puis c’est arrivé. On ne sait toujours pas exactement quand ça a commencé. Cela fait partie de ses choses présentes depuis trop longtemps, qu’on tient pour acquises sans y faire vraiment attention et qui disparaissent petit à petit. On ne prend conscience de leur absence que bien après leur dernière manifestation. On ne connaît pas non plus le patient zéro. On ne sait pas qui, pour la dernière fois, en a entendu un miauler, mais ça s’est arrêté ; comme ça, sans qu’on le sache. Ils ont rompu la communication, s’éloignant un peu plus de l’homme.

Les chats

Pour celle-ci, je voulais écrire une nouvelle consacrée uniquement à ces étranges créatures que sont les chats. C’est vrai, qui possède un chat et n’a jamais eu l’impression qu’il regardait quelque chose à travers vous ?
Parfois, ils ont le regard fixe sur quelque chose qu’ils sont les seuls à voir. D’autres fois, ils vous scrutent avec un regard un peu hautain, pas désintéressé, mais surpris. Comme s’ils vous voyaient pour la première fois. Certaines fois, je jurerais même qu’il souhaiterait me remplacer par un distributeur de croquettes automatique et une couette en plume.

Je vous le dis, ces créatures sont étranges. Ce n’est sûrement pas pour rien que toutes les bonnes sorcières en ont un.
Alors, je me suis laissé aller à penser qu’il y avait un plan derrière tout cela, que les chats ne sont pas ces créatures domestiques dont on dispose pour faire de la ronron thérapie. Non, il doit y avoir autre chose de plus profond en eux. Quelque chose qu’on n’a pas encore compris et qui nous dépasse et je pense avoir percé leur secret.
J’ai imaginé ce qu’ils nous réservaient. Je vous laisse le découvrir dans ce texte.

Cette nouvelle a plus la forme d’un essai. Pour l’écrire, pas besoin de personnages. Elle aura une forme générale de narration sur les interactions entre homme et chats. Ce sera donc « eux » et « nous » dans la globalité. Les scènes seront également des exemples, ou plutôt des expériences partagées que chacun peut s’approprier pour lui-même. Jusqu’à la partie légèrement fantaisiste… à moins que…
J’ai donc besoin d’un enchaînement de constatations et d’en tirer les conclusions qui s’imposent d’elles-mêmes. Il faudra seulement que le regard vienne d’un temps légèrement futuriste pour qu’il présente une évolution de notre époque. Il doit s’appuyer sur un passé partagé entre le chat et l’homme, comme en Égypte, par exemple. Ensuite, il faut induire une suite « logique » de l’évolution de la cohabitation entre les deux espèces.