
Leur Civilisation et Notre Délivrance, M. K. Gandhi
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Leur Civilisation et Notre Délivrance, Publié chez Denoël
Publié en 1957 (gandhi est mort en 1948)
Préface par Lanza Del Vasto, alors directeur de collection chez Denoël, et disciple de Gandhi. Il Introduit le texte comme un recueil des dialogues de Gandhi avec ses disciples.
Aucune source n’indique les personnes rencontrées, les lieux ni les dates où ont été prononcées ces paroles.
Introduction à leur civilisation et notre délivrance
Alors là on attaque un morceau. Je ne vais pas vous faire languir, j’ai détesté ce… je ne sais pas comment l’appeler. Je m’attendais à un livre plein de belles pensées philosophiques de la part d’un ponte du pacifisme. Je me retrouve avec un texte subjectif écrit par un fanatique religieux dont le montage est grotesque. Si je me laissais aller, je dirais que c’est l’opposé de « mein kampf » dans les idées, mais avec la même démarche « littéraire » et la même finesse argumentaire.
C’est accentué ici dans la présentation lecteur/auteur dont le lecteur fictif sert de caution à l’auteur. On y reviendra.
La préface de son disciple directeur de collection jette dès la première ligne le doute sur la véracité de ce qui suit. On flaire l’opération commerciale. Dans tous les cas, on est loin d’une objectivité de rigueur nécessaire à ce genre de document. Le contenu du texte ne semble pas exactement correspondre à cette description. Ou alors il ne conversait qu’avec des personnes déjà convaincues par lui. Dans ce cas, c’est beaucoup plus facile d’avoir l’air éclairé d’un prophète.
Citations et analyses des contradictions
Gandhi fait ses études en Angleterre et devient avocat. L’inde est dirigé par l’Angleterre à cette époque et Gandhi n’aura de cesse de militer pour son indépendance. Il était certainement disciple de Sun Tzu et appliquait le conseil « connais-toi toi-même et connais ton ennemi ».
Citation sur les Anglais :
« Ils en sont réduits à boire sans soif, à manger en souhaitant un appétit qui manque… à suer au golf pour se reposer du repos, à voyager sans but parce que leur bonheur se trouve toujours ailleurs… Et sans doute un jour ils se tueront, n’ayant trouvé d’autre issue à l’extrême misère de n’avoir pas de raison d’être »
Cela nous rappellera certains « activistes » qui ont fait leurs études dans des pays de l’ouest et ont craché dans la soupe en rentrant. Fort de leur éducation occidentale et de toutes leurs méthodes de persuasion, ils en ont profité pour endoctriner une population et les entraîner dans des pensées radicales. Gandhi est donc avocat, mais s’intéresse beaucoup à la médecine. Il juge les médecins incompétents et soignera lui-même certains proches… Rassurez-vous, il n’aime pas plus les avocats qu’il juge mauvais et uniquement attirés par l’argent. Sauf lui.
Jeune adulte, il fera ses armes en Afrique du Sud où il va « enseigner la désobéissance civile » et la liberté des peuples sous emprise occidentale. Son véritable appétit est alimenté par l’inde. Le livre que j’ai entre les mains concerne sa vision de l’inde passé, actuel et futur.
Il rentre en Inde et devient dirigeant du congrès national indien (sous tutelle des lois coloniales anglaises). Ce point est important, car il juge les Indiens complices de leur condition à cause des personnes qui travaillent dans l’intérêt anglais. Ensuite, il s’applique à tirer sur tout ce qui bouge avec l’idée que l’inde c’était mieux avant. Je vais vous partager quelques citations éloquentes du livre pour vous éclairer sur la pensée gandhienne.
« Je ne souhaite pas supprimer les chemins de fer et les hôpitaux, mais leur disparition naturelle ne pourrait que me réjouir. Ni les chemins de fer ni les hôpitaux ne sont le signe de la valeur d’une civilisation, tout au plus peut-on dire qu’ils sont un mal nécessaire, mais ils n’ont jamais ajouté quoi que ce soit à la grandeur d’un pays. »
Sans nul doute, les paroles d’un grand visionnaire rétrograde…
« Je ne souhaite pas non plus la disparition des tribunaux, tout au plus considéré je que c’est une chose à souhaiter avec ardeur »
Il a une théorie bien à lui sur la justice et l’impossibilité pour un homme d’en départager deux autres dans leur conflit. Ce qui admet implicitement que pour Gandhi, il n’y a pas de crime suffisant pour qu’un homme soit puni par un jury. Je vous laisse imaginer le type de société humaine à laquelle on s’exposerait. On est proche des théories libertaires et anarchistes.
« … le mécontentement est très utile, car tant qu’un homme est satisfait de son état, on ne peut le persuader d’en changer. »
Encore une fois, plein de contradictions. Il dit en gros : « le mécontentement est utile tant que je ne suis pas parvenu à mes fins. Ensuite, quand il aura suivi la voie que je lui enseigne, le peuple sera content et sera sage ».
« L’hindouisme, l’islam, le zoroastrisme, le christianisme, et toutes les religions nous enseignent à demeurer passifs en ce qui concerne les entreprises du monde, et actifs en ce qui concerne la recherche de Dieu, qu’il nous faut limiter notre ambition dans le domaine matériel, et que notre ambition sur le plan religieux doit être sans limites ; toute notre activité doit être dirigée dans cette dernière direction ».
Quelle plus belle excuse existe-t-il que la religion pour asservir un peuple ? Et pour s’en défendre, il ajoute :
« Là où il y a de la lumière, il y a toujours de l’ombre »
Avec ça, on justifie tout ce qu’on veut. Je me demande où est la pensée argumentée de celui qu’on appelle mahatma qui signifie « grande âme ».
Voici un exemple de formulation perverse du livre qui met en scène un « lecteur ». J’ai oublié de vous préciser que toute la construction du livre est basée sur une sorte de dialogue. Le lecteur est sot et en attente d’être instruit par Gandhi. Il n’est là que pour poser les bonnes questions orientées convenablement pour préparer l’impact des réponses.
« Le lecteur : Ainsi vous soutenez que la pax britanica est sans aucune utilité ?
L’auteur : Si vous y voyez de la paix, je n’en vois point.
Le lecteur : Vous faites peu de cas de la terreur que les theugs, les pindaris et les bhils ont fait régner sur le pays.
L’auteur : Si vous réfléchissez quelque peu à la question, vous verrez que cette terreur n’a pas été bien terrible. Si elle l’avait été, les autres peuples auraient disparu avant l’arrivée des Anglais. De plus, la paix d’aujourd’hui n’est que nominale, elle a fait de nous des êtres mous et lâches… C’est pourquoi il vaut encore mieux supporter le péril Pindari que d’accepter contre lui une protection qui fait de nous des efféminés. Je préfère être tué par la flèche d’un Bhil que de chercher une méprisable protection. »
Florilège de pensées creuses en quelques lignes. L’« argumentation » de l’auteur commence par « si vous réfléchissez bien ». De cette manière, il vous met directement en défaut de neurones. Il vous indique que si vous êtes en état de réfléchir, vous ne pourrez arriver qu’à la même conclusion que lui. Si ce n’est pas le cas, vous êtes un sot. Ensuite une phrase sans intérêt sur les Anglais, histoire de ne pas les oublier. Alors que les Anglais n’ont pas précipité la disparition du peuple indien, donc encore une fois, où est l’argument ? On passera l’allusion homophobe sur le compte d’une pensée périmée. Seule la fin me paraît valable dans le sens où il vaut mieux se débrouiller que de se soumettre à l’autorité d’un autre. Mais c’est tellement mal amené que le message en est complètement terni.
« L’auteur : Ce sont les hommes de loi, les docteurs et les chemins de fer qui ont appauvri le pays à un point tel que si nous ne nous réveillons pas à temps, nous serons complètement ruinés. »
Affirmation péremptoire de papa quand tu as quatre ans. C’est comme ça et pas autrement.
« Le lecteur : je crains en effet que nous ne puissions plus du tout être d’accord car vous attaquez précisément les institutions que jusqu’à maintenant nous avons considérées comme bonnes. »
Même un journaliste politique de télé n’offre pas d’aussi bonnes transitions à son interlocuteur.
« L’auteur : Il faut avoir de la patience. Il vous sera très difficile d’entrer dans la véritable intimité des méfaits de la civilisation. Les maladies des poumons ne produisent pas de lésions apparentes, au contraire, elles donnent au malade un beau teint et il semble que tout aille bien. La civilisation est une maladie de ce genre, et il nous faut être extrêmement prudents. »
Il faut avoir de la patience, encore une fois ce paternalisme pénible, et puis comparer la civilisation à une maladie…
« Le lecteur : Très bien, je vous écoute avec intérêt sur les chemins de fer. »
Lecteur condescendant qu’on sent déjà gagné à la cause…
« L’auteur : il nous est facile de constater que, sans les chemins de fer, les Anglais ne pourraient pas dominer l’inde comme ils font. Les chemins de fer ont aussi contribué à répandre la peste ».
Rappelle-toi Gandhi, là où il y a de la lumière, il y a de l’ombre. Ce passage est pourtant intéressant. Il a été mis en lumière avec le covid qui s’est propagée à la vitesse des transports internationaux et est devenu incontrôlable. Le désire d’isolationnisme de certain s’en est trouvé soutenu par cette invasion.
« Les chemins de fer ont également augmenté la fréquence des famines parce que la facilité des moyens de locomotion a induit les gens à vendre leurs céréales au loin, aux plus hauts prix. La facilité des gains les a rendus paresseux, ce qui a contribué à développer le fléau de la famine. »
Et oui Gandhi, bienvenue dans une société humaine et individualiste.
« Il est tout à fait exact qu’il (ghose : un célèbre avocat) a aidé les pauvres et aussi que le congrès est redevable d’un certain nombre de choses aux hommes de loi. Ceux-ci sont malgré tout des hommes et il y a quelque chose de bon en tout homme. Mais chaque fois que l’on peut donner l’exemple d’une bonne action accomplie par un homme de loi, celle-ci a été faite non pas l’homme de loi, mais par l’homme. Ce que j’essaie de vous montrer est uniquement ceci ; que cette profession enseigne l’immoralité ; et qu’elle expose ceux qui la pratiquent à des tentations auxquelles bien peu échappent. »
Non mais sérieux ? Quand c’est bon, c’est l’homme, quand c’est mauvais c’est l’homme de loi ? Mais on va où là ? Bravo, dans ce cas, tous les corbeaux sont noirs donc tout ce qui est noir est un corbeau… Une chose à mettre au crédit de Gandhi est qu’il appliquera ces propos à lui-même. En Afrique, lorsqu’il sera accusé par les blancs et les noirs d’envahir le pays avec des Indiens. Il faillit être lynché à son débarquement avec ses compatriotes, mais refusa de porter plainte pour ne pas régler un différent privé devant un tribunal. Notez que cette histoire démarre par l’exploitation indigne des Indiens sur un chantier de chemins de fer. Tout se recoupe.
« … je ne suis pas le seul à l’avoir pensé, c’est l’expérience de beaucoup de gens… »
Ha ? Bon, ben ça doit être moi qui ai tort dans ce cas. C’est la première chose qu’on se dit avec un tel argument qui n’a en réalité aucune force. La loi du plus grand nombre n’est pas une loi.
« Je pense souvent qu’un bon charlatan vaut mieux qu’un médecin hautement qualifié. Examinons la question : le travail du médecin est de prendre soin du corps, ou, plus exactement, de débarrasser le corps des maux qui peuvent l’affliger. Comment ses maux arrivent-ils ? Sans doute à cause de notre intelligence ou de notre laisser-aller. Je mange trop, j’ai une indigestion ; je vais chez le docteur qui me donne un médicament, et me voilà guéri. Je recommence donc, et n’ai qu’à prendre des pilules. Si je ne les avais pas eues la première fois, j’aurais souffert des maux dus à ma gourmandise et n’aurais pas recommencé… mon corps se sent mieux mais ma volonté s’affaiblit, c’est pourquoi le recours fréquent aux médicaments affaiblit le caractère. »
On ne peut pas sérieusement parler de médecine et prendre pour exemple une indigestion sans perdre toute crédibilité. Il y a tellement de contre exemples à ce genre de raisonnement. Ce serait une perte de temps d’énumérer des cas concrets.
« Je crois qu’aucune civilisation au monde ne vaut celle que l’inde a déployée, car la semence déposée par nos ancêtres n’a pas d’égale. La grandeur de Rome a passé ; celle de la Grèce subit le même sort. La puissance des pharaons a été détruite ; le japon s’est occidentalisé ; de la chine on ne peut rien dire ; mais l’Inde est demeurée saine à sa base… L’Inde au milieu de tout cela reste immuablement elle-même, et c’est ce qui fait sa grandeur. »
Par « saine », entendez « sous développée », car, comme l’a dit Goethe, ce qui n’avance pas recule. Et juste le paragraphe suivant, Gandhi dit :
« l’Inde seule est responsable de ce que ses ressortissants soient si ignorants, bornés et peu civilisés que l’on n’arrive à ne leur faire adopter aucune transformation. C’est véritablement notre mérite : nous ne voulons apporter aucun changement à ce que nous avons trouvé juste au creuset de l’expérience. »
Cela traduit pour moi le refus d’apprendre, et de prendre en considération les modifications de son environnement pour évoluer. Même sans parler d’un changement radical vers la civilisation occidentale qu’il critique. il aurait dû savoir que l’immobilisme n’est pas une option. D’ailleurs, je rappelle que ce pays dont la force selon Gandhi est de ne pas changer est devenu une puissance nucléaire en 1974. On peut dire qu’il s’est fourré le doigt dans l’œil au moins jusqu’au coude. Pour un visionnaire, on a déjà vu mieux.
« Ce n’est pas d’être riche ou pauvre qui rend heureux ou malheureux. On voit même bien souvent le contraire. Les millions seront toujours une chose misérable. C’est parce qu’ils avaient observé cela que nos ancêtres nous ont dissuadés de nous adonner au luxe et aux plaisirs. Nous nous servons de charrues semblables à celles d’il y a plusieurs milliers d’années. Nous construisons les mêmes chaumières qu’autrefois, et nous avons conservé notre mode d’instruction indigène. Nous ne connaissions pas la concurrence qui corrompt tous les rapports. Chacun travaillait dans son emploi et touchait un salaire régulier. Ce n’était pas que nous ignorions comment inventer des machines, mais nos ancêtres savaient que si nous mettions notre intérêt à des choses pareilles, nous deviendrions des esclaves, et perdrions tout sens moral. C’est pourquoi, après y avoir longuement réfléchi, ils décidèrent que nous ne devions faire que ce que nous permettaient nos mains et nos pieds. »
Ha, enfin un point intéressant. Le temps nous a montré qu’il avait raison. À son époque, un chef d’entreprise devait gagner au plus, cinquante fois le salaire d’un de ses ouvriers. Aujourd’hui, un directeur de multinationnale gagne plus de cinq mille fois le salaire d’un de ses ouvriers, sans parler des « à côtés » indécents et souvent injustifiables.
Une étude a montré que Néandertal serait l’hominidé le plus adapté à la vie sur terre et il rejoint les caractéristiques mentionnées par Gandhi. Ce serait le meilleur compromis entre le nombre de sa population et son stade d’évolution. Il aurait parcouru la terre pendant plus de cinquante mille ans. D’après les pronostiques, l’homo sapiens n’atteindra pas ce chiffre.
« L’auteur : Vous voyez maintenant ce que j’appelle la vraie civilisation…
Le lecteur :… mais l’Inde, c’est aussi des centaines de veuves-enfants, des mariages entre bébés de deux ans, des fillettes de douze ans, déjà mères de famille, la pratique de la polyandrie et celle du Niyoga (porter volontairement un enfant qui n’est pas son mari pour être mère), la prostitution de jeunes filles au nom de la religion, et, au nom de la religion également, le sacrifice de moutons et de chèvres. Trouvez-vous que cela soit le signe d’une civilisation telle que vous l’avez décrite ?
L’auteur : Vous faites une confusion. Les défauts dont vous parlez sont des défauts. Mais personne ne les confond avec notre ancienne civilisation ; ils survivent malgré elle. On ne cessera, comme on l’a déjà fait, d’essayer de les supprimer… sous aucune civilisation, et dans aucune partie du monde les hommes n’ont jamais atteint la perfection. La tendance de la civilisation indienne est d’élever le niveau moral de l’homme, celle de la civilisation occidentale est de répandre l’immoralité. »
Ce passage est très particulier. D’une part, Gandhi reconnaît que sa société parfaite a des défauts (des défauts qui sont ni plus ni moins que ce qu’on appelle des atteintes aux droits de l’homme) mais qu’elle va se corriger, sans lois ni justice, hein, on le rappelle. Mais en même temps comme il n’a pas l’air si sûr de lui il prépare le coup en disant qu’aucune civilisation n’est parfaite… encore un argument massue. Personne ne l’a fait donc on n’est obligé à rien… Ensuite, malgré la liste critique des déviances énoncées, Gandhi se permet le culot de prétendre que sa société a pour vocation d’élever le niveau moral de l’homme à l’inverse de la société occidentale. Franchement, il faut être gonnflé pour se permettre une telle abération sans se démonter.
« Je ne m’attends pas à ce que mon point de vue soit accepté de prime abord. Mon devoir consiste simplement à l’exposer à des lecteurs tels que vous. Je compte sur le temps pour faire le reste ».
Ceci ressemble fort à un aveu de faiblesse. Je vous balance ça et j’espère que je ne serai plus là quand vous vous rendrez compte que c’est des conneries pour que ça ne me retombe pas dessus. Oui parce que le gars critique les avocats et les médecins et disant qu’ils ne font ça que pour l’argent sans la moindre envie d’aider le peuple mais il a écrit un max de bouquin avec ces idées moisies et a brassé pas mal d’argent. Alors oui, il a participé à l’indépendance de l’Inde, mais a sans doute aussi participé à faire perdurer sa société inégalitaire entre les princes dirigeants et les castes de hères qui sont moins que des hommes.
« C’est une vérité reconnue de tous que la suppression de la cause d’une maladie amène la suppression de la maladie elle-même. »
Clap, clap, clap, là je dis bravo.
Je m’en serais tellement voulu si j’avais dépensé de l’argent pour ce tissu de conneries.
À partir de la moitié du livre, le propos change sensiblement. Par exemple, il insiste sur sa vision de l’indépendance du peuple indien et que l’idée d’un transfert de pouvoir entre un oppresseur étranger ou un oppresseur indien n’est pas son but.
« … il nous faut voir une seule chose : comment ces millions d’Indiens peuvent-ils conquérir leur autonomie ? Vous admettrez que le peuple est véritablement écrasé par les princes qui l’oppriment impitoyablement. Leur tyrannie est plus grande que celle des Anglais… Mon amour de la patrie ne l’enseigne pas à accepter pour le peuple l’oppression des princes indiens, pourvu que les Anglais se retirent… Par patriotisme, j’entends le souci du bien être du peuple tout entier, et si les Anglais pouvaient l’assurer, je m’inclinerais devant eux. »
Gandhi devient beaucoup plus humaniste, moins critique et plus tolérant. Ce n’est pas radicalement opposé à ce qu’il disait avant mais il a tellement démontré sa haine des Anglais que ce revirement est inattendu.
« Le lecteur : Voilà qui est nouveau : que seule la terreur puisse conserver ce que la terreur a obtenu. Ce qui a été accordé ne peut certainement pas être repris ?
L’auteur : si la crainte d’être attrapé m’empêche de voler, je me remets à voler sitôt que je n’aurai plus peur. C’est une expérience que l’on peut dire universelle. Sachant que par la force nous pouvons obtenir des hommes qu’ils fassent ce que nous voulons, nous faisons usage de la force.
Le lecteur : Ne reconnaîtrez-vous pas que vous êtes en train d’arguer contre vous-même ? »
J’allais le dire. Ce passage contredit presque tout ce qu’il a dit avant et son idéologie pacifiste se fissure. J’ai du mal à comprendre la démarche globale et je ne vois pas comment en tirer une pensée homogène et construite.
L’auteur expose deux réactions à un problème. Dans la première, un homme se fait voler, il poursuit le voleur, lui crée des problèmes pour lui apprendre. Le voleur réplique en menaçant sa famille et ses amis qui se plaignent d’avoir, eux aussi, des problèmes alors qu’ils n’y sont pour rien. L’auteur conclut que ce n’est pas la bonne méthode et il expose la seconde réaction valable :
« … l’homme revient pour vous voler. Au lieu d’être fâché contre lui, vous le prenez en pitié. Vous pensez que cette habitude de voler doit être une sorte de maladie. Aussi, vous ouvrez votre porte et vos fenêtres, vous allez dormir dans une autre pièce, et vous disposez vos affaires de manière qu’elles soient facilement accessibles. Le voleur revient : il est stupéfait de ce qu’il voit ; néanmoins, il emporte vos affaires. Cependant, son esprit est agité. Il cherche à avoir des renseignements sur vous, et il apprend que vous êtes un homme au cœur noble et généreux. Il se repend, il vient vous demander pardon, il vous rapporte vos affaires, et perd l’habitude de voler. Il se met à votre service, et vous lui procurez un emploi honnête. »
Je ne sais pas quoi dire… on ne doit pas vivre dans le même monde, et ce n’est pas un décalage temporel parce que de ce côté-là, ça n’a pas beaucoup changé.
« L’esclavage des hommes durera aussi longtemps que la superstition selon laquelle ils seraient obligés de se soumettre à des lois injustes. »
« Une fois justifié l’usage de la force, il est évident que notre ennemi peut s’en servir contre nous, ce qui supprime toute possibilité d’entente. »
« Dites-moi, où pensez-vous qu’il faille le plus de courage ? Pour, caché derrière un canon, tirer sur quelqu’un et le réduire en miettes ? Ou s’approcher en souriant du canon qui va vous tuer ? Lequel est le vrai guerrier ? Celui qui pour la mort est un compagnon de chaque instant, ou celui qui dispense la mort aux autres ? Croyez-moi, un homme sans courage et sans dignité ne pourra jamais faire de la résistance passive. »
Cela me rappelle une chose : ce qui a en partie causé la perte des Gaulois face aux Romains. Pour les premiers, c’était un honneur de mourir pour la gaule. Pour les seconds, il fallait vivre pour la grandeur de Rome. Les premiers sont morts…
« D’après ma longue expérience, je crois que ceux qui veulent pouvoir faire de la résistance passive doivent observer la chasteté absolue, adopter la pauvreté, se conformer à la vérité, et cultiver le courage. La chasteté est l’une des plus grandes disciplines hors desquelles l’esprit ne peut atteindre la fermeté nécessaire. »
J’ai toujours eu du mal à comprendre ce truc de la chasteté. Si c’est cette vieille conception de péché charnel, ça va, il faut passer à autre chose maintenant.
« Un homme qui n’a pas de haine n’a pas besoin d’épée »
Ha oui, ça, c’est une belle phrase.
« Un homme armé d’un bâton se trouva face à un lion, et instinctivement il leva son bâton pour se défendre. Il comprit que jusqu’alors il n’avait fait que parler du courage, mais qu’il n’y en avait point en lui. Il laissa tomber son bâton et se trouva soudainement libéré de toute crainte. »
Ha merde, ça partait bien pourtant. Il faut toujours que ce soit gâché par cette niaiserie. Au premier degré, on a neuf chances sur dix que le type se fasse bouffer par le lion. Et si on le prend au sens métaphorique ou le gars serait face à un autre homme qui lui cherche des noises, alors ses chances de mal finir passent à 100 %.
« Le lecteur : Au cours de notre discussion, vous n’avez pas parlé de la nécessité de l’instruction ; pourtant nous nous plaignons souvent de cette lacune…
L’auteur : Si notre civilisation veut vraiment être considérée comme la plus évoluée, il me faut reconnaître à mon grand regret qu’en effet la plupart des efforts faits dans ce sens sont inutiles… Que signifie être instruit ? Cela signifie simplement être lettré ; c’est-à-dire être en possession d’un instrument dont on peut user bien ou mal. Le même instrument peut être employé à guérir ou à tuer le malade… Nous voyons quotidiennement à quels abus elle mène… »
etc. Pour dire que l’homme n’est pas bon, au font de lui, dès qu’il n’est plus maintenu dans l’ignorance. C’est sans doute ce qui me gêne au fond dans le discours. Il me semble sans cesse contradictoire. Ici, il ne laisse aucune chance à l’homme d’être bon, alors qu’au-dessus, il lui fait une confiance totale pour faire le bon choix moral… comment peut-on avoir deux pensées aussi ambivalentes ? D’ailleurs, il dit regretter ses paroles alors qu’en fait elles traduisent sa pensée depuis le début du texte sans qu’on le contraigne à cela. Alors, pourquoi regretter ?
« Le lecteur : Mais alors quelle instruction donnerons-nous ?
L’auteur : Il nous faudrait abandonner la prétention d’étudier toutes sortes de sciences. L’éducation religieuse, c’est-à-dire morale, tiendrait la première place. »
Magnifique, quelle belle idée de maintenir un peuple dans l’ignorance de tout sauf de dieu. Fanatisme, intolérance, guerre, un schéma, un petit peu connu maintenant. Ça donne vraiment envie.
« Le lecteur : La question de l’éducation religieuse est délicate.
L’auteur : Cependant, elle est de première importance. L’inde ne sera jamais athée. L’athéisme n’y peut prospérer. Ceux qui nous enseignent la religion sont égoïstes et hypocrites ; il nous faudrait les approcher… cela n’est pas très difficile car de la même manière que seuls les bords de l’océan sont pollués par les saletés, de même seuls les cadres ont besoin d’être purifiés »
Merci pour cette preuve que l’instruction est nécessaire. Même si les océans étaient sans doute beaucoup moins pollués à son époque, sa démarche est mauvaise. Le Gange en Inde est le deuxième fleuve le plus pollué au monde. Bravo.
« … ma remarque ne s’applique pas à la masse mais à nous, par qui il faut commencer »
C’est moi, ou il y a un réel mépris pour ses semblables dans cette phrase ? N’y aurait-il pas derrière ça un petit relan d’homme extrait de sa situation de naissance avec une instruction occidentale qui regarde ses semblables de haut ? Dans ce cas, que penser du fait qu’il ne veut surtout pas propager une instruction que lui a reçu ? Désir de rester supérieur ?
S’ensuit tout un passage sur l’abandon des machines, des produits industriels anglais et le retour au travail à la main en inde. Gandhi préconise aussi de réapprendre à se passer de tous les produits étrangers, surtout les produits industriels, il cite les allumettes, les mèches de lampes, les épingles, etc. C’est amusant car j’ai vu un reportage, il n’y a pas longtemps, indiquant que l’épingle est justement l’objet qui permit à l’homme d’évoluer. Je parle de la préhistoire. Pendant longtemps, l’homme était condamné à vivre là où son corps nu lui permettait de survivre. D’accord, il a appris à se faire un poncho avec une peau mais l’invention de l’épingle en os a tout changé. En effet, il a pu se confectionner des vêtements qui le couvraient et garder sa chaleur. Il a ainsi pu voyager plus loin de découvrir de nouveaux continents qui lui étaient jusqu’alors interdits. Parfois, seul le temps permet de juger de l’importance de ces détails. Bref, je m’égare, revenons-en à Gandhi.
Il continue sa charge contre tous les produits qui ne sont pas fabriqués en Inde et à la main, donc, dit officiellement à dieu aux chemins de fer qu’il déteste (depuis que les Africains ont utilisé des Indiens comme main-d’œuvre maltraitée pour leur ligne de trains). Jusqu’à l’électricité qu’il souhaite voir disparaître. « J’ai remarqué que dans certaines villes européennes, que la diminution des finances, défavorables aux compagnies de tramways, aux hommes des lois, aux médecins, contribuait au contraire à l’amélioration de la santé générale. » Bien sûr, tout le monde sait que pour être en bonne santé, il faut être loin des hôpitaux par exemple, à moins qu’il y ait un problème de considération entre la cause et l’effet.
« L’auteur : Je ne puis trouver un seul avantage à l’introduction de la machine, alors qu’on pourrait écrire des livres entiers pour démontrer ses méfaits.
Le lecteur : Le fait que tout ce que vous me dites puisse être imprimé par des machines constitue-t-il un avantage ou non ?
L’auteur : parfois, le poison sert de remède… »
Ben voyons… C’est fatigant. J’en arrive presque à être jaloux de son mode de pensée. Ça doit être tellement bien de croire que c’est possible. Si ça se trouve, ce n’était pas un manipulateur et il était convaincu de ce qu’il dit ici. Remarquez bien, dans un sens, il n’a pas tord. Cela permet une très grande sélection naturelle de l’espèce et une meilleure osmose avec l’environnement. L’espèce humaine serait sans doute beaucoup plus durable dans la version gandhienne. Seulement, voilà, il a oublié une chose. L’homme est l’homme. Il fonce devant lui, écrase ce qui le gêne, néglige ce qui ne lui rapporte pas à court terme, se croit supérieur à tout et croit que tout dépend de lui. (aujourd’hui, c’est un peu vrai malheureusement) sauf qu’il a oublié que lui aussi dépendait de tout le reste.
« La machine est mauvaise en soi. Il faudra donc que nous apprenions à nous en passer. »
Encore perdu, mais bien tenté.
Le lecteur ouvre le dernier chapitre en demandant à l’auteur ce qu’il dirait aux Anglais pour motiver l’indépendance de l’inde. C’est un résumé de tout ce qui précède avec beaucoup de résistance passive (et donc d’espoir hasardeux). La chose intéressante et que dans son concept, l’indépendance de l’inde ne passe pas par le renvoi des anglais. Les Anglais qui acceptent de ne plus manger de viande et d’accepter toutes les lois de l’inde peuvent rester. Il ne fait preuve d’aucune rancœur. L’idée que la soumission de l’inde vient des Indiens et que l’indépendance doit venir d’eux de la même manière est très présente.
Que retenir de « Leur civilisation et notre délivrance de gandhi »
Je n’ai pas de conclusion personnelle à apporter. Je reste un peu sans voix.
Je suis déçu globalement par le contenu de ce livre. Le problème c’est qu’il date d’après la mort de Gandhi et qu’il semble d’après la préface retranscrire des discussions qu’il aurait eues. De quand ? Par qui ? On ne sait pas…
Finalement, je me sens condamné à lire un autre livre de Gandhi pour conforter ou modifier mon avis.