
Meurtre à domicile 513 / 2420 mots
Bertrand était venu constater le décès d’une vieille dame dans un petit pavillon de banlieue, mais ses vingt ans d’expérience en tant que médecin légiste avaient semé un sérieux doute sur la cause de la mort quand il avait vu la victime. L’homme qui l’avait appelé pour les constatations se trouvait maintenant dans la pièce d’à côté. Il disait s’appeler Christian et être le fils de la victime. Bertrand avait immédiatement informé la police.
Quand Marie, chargée du dossier, arriva sur les lieux, le légiste l’attendait dans la cuisine où se trouvait le corps, pendant que Christian, sous le choc de la découverte, accusait le coup dans le salon.
— Salut Bertrand, content de savoir que je peux toujours compter sur toi pour égayer ma journée. Qu’est-ce que tu as pour moi, aujourd’hui ?
— Salut, ne me remercie pas, tout le plaisir est pour moi. J’ai le cadavre d’une femme âgée. Vu la température dans la maison, l’humidité qu’on a en ce moment et la fin de rigidité, je dirais que ça remonte à peu près à trois jours.
— OK, si tu as fini, on va l’emmener.
— Justement, il y a un problème. La couleur de la peau indique une privation d’oxygène. Il n’y a pas de marques de strangulation, mais des traces de sang dans la bouche et le nez. Je pencherais pour une intoxication ; un empoisonnement.
— Un suicide ?
— En plein milieu de la cuisine ? J’en doute.
— Je vois. C’est le fils que je vais cuisiner, lâcha Marie sur un ton suspicieux en tournant le regard vers le salon où le il était affalé dans un fauteuil.
Elle se leva, rassembla tout le tact dont elle disposait et se dirigea vers Christian.
— Bonjour monsieur, je vous présente mes sincères condoléances pour le décès de votre mère. Le moment est peut-être mal choisi, mais je dois vous poser quelques questions. Tout d’abord avez-vous une pièce d’identité qui permettrait de confirmer votre lien de parenté avec la victime, s’il vous plaît ?
Christian porta lentement la main dans la poche intérieure de sa veste et présenta une carte d’identité qu’il extraya de son portefeuille.
— Merci. Marie ouvrit une page de son carnet. Pouvez-vous me dire quand, pour la dernière fois, vous avez vu votre mère ?
— Je passe la voir tous les deux ou trois jours pour savoir si elle a besoin de quelque chose.
— Marie releva la tête. Deux ? Ou trois ?
— Trois.
— Excusez-moi, mais je dois vous demander si vous avez déplacé le corps.
— Non. Enfin, si. Quand je suis arrivé, j’ai cru qu’elle était juste inconsciente, j’ai essayé de la ranimer avant de comprendre. Après, je n’ai pas pu m’en approcher. Je ne l’ai pas vraiment déplacé.
— Elle avait des problèmes de santé particuliers ?
— Elle avait quatre-vingt-trois ans.
— Et donc ?
— Donc, arthrite, problème de cœur, de tension, diabète, cholestérol, et un petit alzheimer. C’est un peu le lot de tout le monde, non ?
— Sans doute. Vous me suivez s’il vous plaît ? Je voudrais faire le tour de la maison pour trouver ce qu’elle prenait.
Ma technique infaillible pour écrire un polar
Informations commerciales
Nouvelle policière
2420 mots,
publiée dans le recueil « nouvelles noires pour nuits blanches » disponible sur Amazon.
Dépôt légal 2022
Résumé de la nouvelle
Bertrand, médecin légiste, est appelé au domicile d’une vieille dame pour constater la mort de celle-ci. Quand il doute des raisons du décès, il appelle Marie, lieutenante de police. Une enquête commence pour rendre justice à la victime. Qui a pu tuer cette femme de 89 ans ?
Processus de création de la nouvelle
Tout d’abord, je dois avouer que je n’ai pas appliqué la méthode ci-dessous. Si elle me semble adaptée pour un roman, l’investissement en temps comparé à la longueur d’une nouvelle n’est pas optimum. J’ai donc conservé mon processus habituel.
Dans une nouvelle, il faut aller à l’essentiel, alors que les policiers vous baladent en général assez longuement entre fausses pistes, faux indices, coïncidences, témoins non fiables, etc.
Pour tout dire, le policier est selon moi le style qui se prête le moins à la nouvelle, car il nécessite trop de développement et de mise en place, mais je vais essayer.
Les personnages
Jocelyne : la victime 89 ans était aussi vivace que la mauvaise herbe. Elle n’est pas nommée dans la nouvelle.
Bertrand : le légiste dit que la mort est due à un empoisonnement par mort aux rats
Marie : l’inspectrice méthodique
Christian : le fils de la victime est à peine triste, sa mère l’a peu soutenu durant sa vie, elle disait qu’elle aurait préféré que ce soit lui qui ait un accident de voiture au lieu de son frère.
Aline : l’employée du service d’aide à la personne de la mairie, elle avait commencé à la voir depuis 4 mois. Mauvais résultats à l’école et mauvaises fréquentations. Elle a commencé à voler quelques objets puis à tirer de l’argent avec la carte bleue de la vieille qui a reçu un courrier de la banque. Sa collègue plus âgée sait qu’elle sort avec Antoine, toujours dans les mauvais coups.
Germaine : la voisine, dit qu’elle passait son temps à râler après tout et tout le monde. Elle disait que la jeune la volait.
Dans mes personnages, j’ai ajouté un légiste pour les constatations de la mort. Les premières pistes d’enquêtes qui viennent immédiatement de son observation. Le légiste est ou a été très à la mode et c’est vrai que j’aime assez ce personnage (même dans « e-zombie »).
L’intrigue
Voilà, quelque chose de simple. Le mobile se dessine à travers ces personnages, il reste à tout imbriquer convenablement. Les histoires les meilleures ne sont pas toujours les plus compliquées, mais les mieux racontées.
Alors c’est parti.
À propos du polar
Les composants
Une nouvelle policière doit comporter au moins trois personnages : la victime, le criminel et l’enquêteur. Notez que la victime n’est pas forcément morte, le criminel, pas forcément un assassin et l’enquêteur, pas forcément un policier. Il n’a y a qu’à voir Agatha Raisin ou le club des cinq. Si possible, le crime doit être prémédité. Ce n’est pas un accident ou un crime opportuniste.
La plupart du temps, on ajoute au moins un second suspect et une fausse piste pour dérouter le lecteur et maintenir le doute jusqu’à la fin. Attention, si tous les personnages sont des suspects et que la résolution tombe d’un deus ex machina, vous êtes dans la case cosy mystery. Je laisse ce spécifique de côté.
Le point de vue de la narration
Ici, plus que dans d’autres genres, les différences sont accentuées. Vous pouvez vous servir de la première personne axée sur l’enquêteur pour maintenir le lecteur dans le flou de tout ce qu’il ne voit pas. Ainsi, votre lecteur ne dispose que des indices trouvés par le détective. Les deux avancent en même temps dans leurs raisonnements.
À l’inverse, si vous prenez un narrateur extérieur omniscient, vous pouvez intégrer beaucoup plus d’informations. Vous pouvez donner des informations sur ce qu’un témoin a volontairement dissimulé à l’enquêteur. Ainsi, le lecteur possède plus d’indices et regarde votre investigateur naviguer entre les fausses pistes.
Le secret qu’on vous cache pour écrire un polar
Le policier est d’après moi, le seul style d’histoire qui peut répondre à une structure précise et répétable et qui fait appel à une mécanique. Pour écrire un policier, il n’est pas question d’ouvrir un fichier vierge et de commencer à écrire sans préparation. C’est impossible, car tout tient justement dans les détails qu’on parsème tout au long du livre et qui mènent au coupable. À l’inverse des vieux polars comme ceux de M. H. Clark ou A. Christie.
Pour écrire un polar, je vais vous donner un truc infaillible.
C’est en fait assez simple, mais nécessite le double de travail.
Première étape
D’abord, vous écrivez l’histoire d’un crime, du point de vue du criminel. Vous devez tout savoir de lui : sa pointure de chaussure pour les empreintes, la marque de ses cigarettes, la marque de sa voiture, sa taille, son poids, la couleur de ses cheveux, etc.
Vous écrivez le déroulement de son crime, depuis la naissance de l’idée, le dilemme qui le torture au départ. Tout le cheminement de la préméditation, la haine qui monte ou la jalousie. Vous décrivez son chemin de pensée et son passage à l’acte en détail.
Attention, à ce stade, vous écrivez un brouillon. Vous n’avez pas besoin de rédiger dans un style littéraire. Vous pouvez vous contenter d’un style télégraphique pour faire au plus vite.
Vous prenez soin de décrire le crime en lui-même en détail, car c’est la scène que découvrira votre inspecteur et c’est sans doute là qu’il trouvera les premières pistes de son enquête. Quand vous avez le crime, pensez à décrire la dissimulation de celui-ci. Là encore, cette phase, sauf chez les vrais tarés, laisse des pistes dans la précipitation, la prise de conscience, ou la panique. Pensez que des personnes ont pu voir votre criminel à son insu, sans y prêter trop d’attention jusqu’à ce qu’on les interroge. Un voisin peut entendre du bruit
Deuxième étape
Ici, commencez véritablement la rédaction de votre histoire.
Vous repartez avec votre enquêteur qui arrive sur les lieux du crime et vous racontez ce qu’il voit. Il reprend tout le cheminement du criminel, petit à petit, méthodiquement. Pour cela, vous pouvez vous servir de tous les indices que vous avez disséminés lors de votre première phase de rédaction. Prenez garde de ne pas focaliser l’inspecteur sur la piste du criminel. Vous, auteur, avez passé beaucoup de temps avec lui et vous devez vous en détacher. L’inspecteur devra observer toutes les pistes minutieusement et suivre une logique d’enquête.