Le chat et la souris, 504 / 1056 mots

S’il arrive aussi souvent que la souris échappe au chat, c’est parce que celui-ci peut se permettre d’être parfois un peu feignant. Il tente sa chance, au cas où, sans toujours avoir complètement digéré son pâté servi à température ambiante dans sa sous-tasse en faïence. La souris, quant à elle, court chaque fois pour sa vie. Vous comprenez maintenant pourquoi Jacqueline, la pensionnaire incognito de la maison, détale ventre à terre chaque fois que Grisou le chat de gouttière courre après, lui aussi ventre à terre, bien que son embonpoint lui interdît de se déplacer autrement.

Jacqueline connaît par cœur les rituels de la maison, c’est une question de survie. Neuf heures trente, pâtée. Neuf heures trente-cinq, Madame part à la salle de bain. Neuf heures quarante, le chat sort faire le tour du jardin. Neuf heures quarante-cinq, Jacqueline remonte du sous-sol et se dirige vers la sous-tasse, pour collecter quelques restes pour sa famille nombreuse. Pas cette fois. Il pleut. C’est le problème avec les habitudes. On prend une situation familière pour immuable et quand un grain de sable vient gripper la machine, un drame se produit. Comme aujourd’hui. Grisou fixe le jardin depuis la maison, derrière la baie vitrée du salon. Jacqueline freine immédiatement son approche et glisse sur le carrelage. Elle non plus n’a pas envie de se faire rincer à l’extérieur pour quelques miettes, alors qu’elle se trouve à moins de trois mètres d’une pâtée qu’elle sent depuis l’étage inférieur.
Elle tente sa chance. Grisou vient de manger, mais ne refuse jamais un petit extra quand il se présente. Il décèle un mouvement furtif, du coin de l’œil, réussit à ne pas sursauter, comme la fois où une araignée lui est presque passée sous les fesses sans qu’il la voie arriver, et attend que la cible se rapproche, feignant de l’ignorer. Jacqueline s’approche à pas de loup, si on peut dire, mais son ombre, projetée par le soleil matinal, la trahit et elle ne s’en aperçoit pas. Elle longe le meuble de la cuisine, se croyant toujours discrète quand Grisou tourne la tête dans sa direction, les yeux grands ouverts, les pupilles dilatées et le sourire carnassier. En un bond, il se retourne et saute en direction de la souris. Jacqueline se met à détaler aussi vite que possible, mais reste sur place, les griffes patinant sur le carrelage. C’est in extremis qu’elle réussit à prendre son départ, au moment où Grisou atterrit contre le formica blanc. Elle est prise de panique et ne pense, dans un premier temps, qu’à mettre de la distance entre elle et le prédateur. Elle longe les meubles jusqu’au coin du mur, pour bifurquer de quatre-vingt-dix degrés, arrivée au bout. Elle passe à toute allure devant l’objet de sa quête et jette un œil au reste de la pâtée qui l’attend. Le chat secoue la tête et mouche deux fois après avoir mal géré la réception de son saut, tête la première, et s’être écrasé le museau contre un placard, puis se remet en chasse.

Le chat et la souris

Je pense que cette histoire est arrivée à tous ceux qui ont un chat et qui habitent dans une maison. En tout cas, elle est assez inspirée d’une histoire qui m’est vraiment arrivée le jour où mon chat m’a ramené une souris vivante et qu’il l’a lâchée dans le salon, comme ça, pour rigoler.
Oui, les chats ont énormément d’humour comme tout le monde le sait… Ajoutez à ça un peu (beaucoup) de Tom & Jerry et vous avez une nouvelle de course poursuite. Il me fallait un contexte. La souris cherche la « facilité » et veut voler quelques croquettes au chat. Le chat la connaît et l’attend au tournant, la poursuite commence. On ajoute le chantage de l’humain qui ne prendra pas de gants pour se débarrasser du rongeur s’il le voit et on augmente la dramaturgie. Là-dessus, on enchaîne avec des péripéties de poursuite en milieu domestique avec tout le mobilier qui sert de cache ou de piège naturel et on tient quelque chose.
Reste la fin à trouver.
La souris s’échappe ? Mouais, bof, classique et ce n’est pas vraiment un rebondissement. Le chat mange la souris ? Pfff, non, on a dit qu’on ne tuait personne aujourd’hui. Alors quoi ? Le chat l’attrape, oui, mais… toute la chute tient dans ce « mais ». C’est le point qu’il ne faut pas rater.
Dans une autre histoire, la souris aurait pu s’immuniser à la mort au rat et empoisonner le chat, tenant un match nul à titre posthume. Super, tout à fait dans le ton de l’histoire.
D’ailleurs à qui s’adresse cette histoire ? Parce qu’avec un chat qui chasse une souris, des rebondissements humoristiques et une référence assez évidente au dessin animé, on est plus sur de l’histoire pour enfant. Pas question, donc, de dépecer une souris ou d’empoisonner un chat. Il faut continuer sur la lancée de l’humour. Un domaine que j’adore et que je maîtrise complètement… Je suis humour. Et si cette poursuite était une sorte de rituel de rivalité ente les deux et qu’ils se connaissaient ? Comme les meilleurs ennemis ? Voilà, c’est ça l’idée. Les meilleurs ennemis.

Malheureusement, je ne peux pas utiliser cette formule pour le titre, elle en divulgue beaucoup trop sur le tournant de l’histoire. Le titre sera donc très sobre. Juste assez explicite pour indiquer au lecteur ce qu’il s’apprête à lire et pas plus.