Sa vie derrière lui 398/534 mots

Jérémy vivait un moment de suspension et de bien-être à peine atténué par une crispation qu’il ressentait dans tout son corps. Il flottait dans un ralenti magique en repensant à cette folle soirée. Ça, pour une surprise, ça avait été une vraie surprise. Éric jurait encore il y a six mois qu’il comptait bien profiter au maximum de tout ce que lui offrait la vie, sans limites. Charlotte, de son côté, imposait il y a peu de temps que rien ne se mette en travers de son doctorat. C’est pour vous dire comme la révélation de leur mariage revenait de loin. De tellement loin qu’elle méritait effectivement une annonce en grande pompe.

Jérémy avait passé une très bonne soirée avec ses amis de longue date. Il avait rencontré quelques connaissances de Charlotte et le courant était bien passé. Le traiteur avait fait des merveilles et les vins étaient enivrants. Ils avaient ri, dansé et chanté comme il y avait bien longtemps. Il espérait qu’une nouvelle occasion de les rassembler se représenterait très vite. Il regrettait juste que sa femme ait dû prendre une garde ce soir-là et n’ait pu être parmi eux. Heureusement, ses parents avaient pu garder leur fille.

Dans un état de plénitude, il repensait à elles : entend les rires de sa femme et les premiers mots de sa fille comme s’ils viennent d’un endroit reculé de sa tête. Il sent la douceur et l’odeur si particulière de sa peau de bébé. Il repense à son propre mariage, au bonheur qu’il lui a apporté tous les jours et souhaite qu’Éric y goûte autant que lui. Il revoit ses camarades de fac devant le panneau d’affichage des résultats des partiels. Éric et lui se sautent dans les bras en lisant leurs noms. Une musique pop typique des années quatre-vingt lui parvient aux oreilles et le projette à l’époque du lycée dans un bar enfumé où claquent les barres du babyfoot. En un clin d’œil, il sèche les cours pour rejoindre sa première petite amie derrière le collège, son parfum l’enivre, ses lèvres charnues le transportent. C’est un sentiment persistant qui l’apaise beaucoup, presque autant que le réconfort que lui apporte sa mère quand elle le prend dans ses bras pour le rassurer. Il sent un flot d’endorphine l’emporter.

 

Fiche de lecture de la nouvelle « Sa vie derrière lui »

Informations commerciales

Cette nouvelle de 534 mots fait partie du recueil « Nouvelles noires pour Nuits blanches » en vente sur Amazon.

Résumé de la nouvelle « Sa vie derrière lui »

Un homme sort d’une fête avec des amis. Il se rappelle les plus belles heures d’un passé rempli de bons moments. On observe ses souvenirs à rebours.

Intention du texte

L’idée de départ est de faire une nouvelle très courte. Elle ne comprend qu’une seule scène centrée sur un seul personnage avec une chute brutale. Pas de dialogue, pas de respiration, un endroit confiné, un ascenseur émotionnel.
Voici les mots directeurs de cette nouvelle sprint qui doit se lire en apnée.

Les recherches

Il n’y en a pas eu pour ce texte. L’idée est simple. La mise en scène également. Aucun effet n’a nécessité de recherche. Aucune complexité n’était recherchée.

Processus de création de la nouvelle « Sa vie derrière lui »

Version finale

La mise en contexte est rapide. On ne sait que ce qui est nécessaire à la scène suivante. Un personnage raconte sa soirée et repense à tous les bons moments qu’il a passés avec ses amis. Le début doit être léger et festif pour contraster avec une fin qui plombe l’ambiance. La chute doit tomber comme un couperet ; rapide et tranchante.

Au début, le lecteur doit avoir la sensation de lire une petite histoire feel good. Il baisse la garde et à ce moment, on le surprend (quand c’est réussi).

Ce genre de nouvelle porte le nom de « nouvelle instant ». Elle n’a pas de scénario proprement dit. Elle met en scène très peu de personnages dans un temps très court.

Voici la trame très simple que j’avais dans mes notes. C’est compliqué d’en dire plus sur celle-ci sans tout dévoiler et gâcher le plaisir… 
Amusement => joie de vie => inquiétude => fin.
Adulte => jeunesse => enfance => fin

Les tests

La première version se concentrait plus l’événement principal. Je me suis aperçu que c’était contre-productif et ne servait pas l’effet recherché. Pour que la chute ait un impact, il faut connaître un minimum le personnage. Avoir vécu un peu avec lui, avoir souri à ses anecdotes, avoir fait le rapprochement mentalement avec des scènes qu’on a vécues soi-même. Entrer un peu en connexion avec le personnage (autant que possible en si peu de mots).

À l’inverse, une version plus longue où l’on s’éternise sur les personnages, sans qu’un scénario se dessine, n’est pas plus avantageuse. Il ne faut pas laisser au lecteur le temps de se demander où on veut l’emmener.