je suis l'abysse - Donato Carisi - 4e
3 étoiles

Dans l’abysse où règnent le chaos et la violence

Informations commerciales

Je suis l’abysse est un thriller horrifique de Donato Carrisi,
Inspiré de faits réels
Édité par Calmann-Lévy en 2021
Publié par Le Livre De Poche
Dépôt légal octobre 2022
365 pages

Résumé de je suis l’abysse

Celui qui nettoie est un survivant. Enfant maltraité, son assistante sociale le retire à sa mère. Adulte, il est inadapté à la vie. En dehors de son emploi d’éboueur, il ne fréquente pas ses congénères, sauf quand Micky, son alter ego l’entraine dans les abysses et le pousse à assouvir ses besoins violents. Tout change lorsqu’il sauve de la noyade une jeune fille dont il se sent responsable. Le lac de Côme sert de décharge à un tas de choses comme le bras de cette femme que les carabiniers sortent de l’eau.

Mon analyse de je suis l’abysse

Je n’ai pas l’habitude d’utiliser les avertissements, mais pour une fois je vais faire une exception. Ce livre contient des scènes choquantes de maltraitance et de violence infantile.
Si vous commencez à lire « je suis l’abysse », vous plongerez en apnée dans les actes les plus dégradants qu’on puisse commettre sur des êtres humains : torture, viol, rejet, meurtre, emprise, abandon, manipulation.

Le scénario

Il est machiavélique. Il plonge assez vite dans les abysses de l’humanité, mais c’est le cœur du livre. Pourtant, vous irez de découvertes en surprises horrifiques. La gestion du stress chez le lecteur est parfaitement gérée. Au fil des pages, l’auteur vous lâchera des bribes d’explications qui s’empileront au fur et à mesure pour votre compréhension et votre acceptation du mal. Vous comprendrez, mais vous ne pourrez excuser.
Je suis l’abysse est une sorte de chasse à l’homme. Le temps est compté dans les deux « camps ». Lui a des objectifs. Elles doivent faire cesser un mal qui sévit.

Le style de narration de Donato Carisi

Il est complètement maitrisé et c’en est gênant pour quelqu’un qui essaie d’écrire. L’écriture en elle-même est simple. Pas besoin d’un dictionnaire, pas de phrases alambiquées qu’il faut lire deux fois, pas de scène redondante ou de remplissage inutile. Chaque phrase est utile et nécessaire à la compréhension.

Les chapitres courts alternent entre les points de vue des différents personnages et les flashbacks. Ce n’est pas du tout mon style préféré habituellement, mais les flashbacks sont bien positionnés pour vous familiariser avec la psychologie du personnage principal. Les différents points de vue par contre sont parfois un peu troublants. D’autant plus que les personnages n’ont pas tous de nom. On a celui qui nettoie et Micky d’un côté. De l’autre on a Vera, la chasseuse de mouche, la fille à la mèche violette et Pamela qui sont souvent réduites à « elle ». Il arrive que dans l’enchainement de deux chapitres, vous ne compreniez qu’après deux ou trois phrases que vous avez changé de personnage. C’est sans doute fait exprès, mais ce n’est pas toujours confortable en termes de lecture.

Dans tous les cas, ce n’est pas un livre que vous pourrez lire en pensant à votre chat ou à votre liste de course. Je suis l’abysse captera toute votre attention et la relâchera quand votre bouche et vos yeux seront secs.

Les personnages

Les situations dans lesquels ils se débattent sont souvent sordides. Si bien que je ne pourrais pas les qualifier d’attachants, mais ils sont marquants. Celui qui nettoie bien sûr, mais aussi les trois personnages secondaires.
Les relations entre les personnages, autres que violentes ou perverses, ne sont que mentionnées. Ne vous attendez pas à une bouffée d’air frais avec une demi-page de romance. Vous n’aurez aucun répit.

D’un point de vue global, on compte cinq personnages féminins. Une adolescence, deux mères, une policière et une assistante sociale. Parmi ces cinq femmes, seule la policière est dans un état psychologique stable. Les quatre autres sont au bas mot défaillantes, mais elles sont aussi des victimes manipulées ou physiquement atteintes.
Il y a aussi cinq hommes. Deux pères sont seulement mentionnés soit pour les besoins de la narration, soit pour expliquer un mal profond. Les trois autres (un enfant devenu adulte, un « beau gosse » et un père) sont des objets de la fatalité qui retombent sur les femmes chacun à leur manière pour les anéantir et les plonger dans les abysses psychologiques d’où elles ne reviendront pas. On ne peut même pas dire qu’ils sont des êtres humains tellement leurs tares psychiatriques les poussent à des comportements néfastes.

Les lieux

Ils ont leur importance seulement dans le sens où ils font partie de rituels mis en place. Le lac est la meilleure représentation physique des abysses. Il est une solution pour ceux qui veulent disparaître ou faire disparaître.

La pièce derrière la porte verte. C’est le début du calvaire pour celui qui nettoie. Les premiers sévices qu’on lui fait accepter comme des punitions nécessaires. C’est aussi ce qu’il apportera de son enfance dans son monde d’adultes avec toute la folie qui l’accompagne.
Les lieux de perdition comme les boites de nuit ou les bars de rencontre sont le repère des chasseurs et des désespérés.

Les grandes propriétés richissimes des bords du lac de Côme cachent la dépravation sous les dorures et l’argent étouffe les moindres écarts sans faire de vague.

Est-ce que je vous conseille je suis l’abysse

Oui, à fond. Je ne peux pas vous dire que vous passerez un « bon moment », mais ce sera un moment de lecture dont vous vous souviendrez sûrement longtemps. La montée en tension est constante et quand vous pensez avoir touché le fond de l’horreur, vous vous enfoncez encore.