american gods - neil gaiman - 4e
3 étoiles

American Gods sur le déclin dans une Amérique en perdition

Informations commerciales

American Gods est un Roman fantastique de Neil Gaiman
édité en français par Au Diable Vauvert en 2002
Publié en poche par J’ai Lu
Premier dépôt légal aout 2004
587 pages

Résumé de American Gods

Ombre bénéficie d’une libération anticipée suite au décès de sa femme. À sa sortie, le monde qu’il avait connu et qu’il croyait l’attendre s’est effondré. Il va faire la rencontre d’un dénommé voyageur qui va lui ouvrir les portes d’un univers qu’il ne soupçonnait pas. Un univers peuplé de divinités sur le retour.

Américan Gods entre histoire et fiction

Neil Gaiman se targue d’utiliser de vraies cartes et de vrais sites qu’on peut facilement retrouver. Il ancre son récit fictif dans le réel et c’est plutôt cool. Ça lui donne du corps. Tant que la frontière est lisible. Au détour du personnage d’Ibis et de son histoire, il noie des théories complotistes sur le peuplement de certaines régions dans les grandes lignes de l’Histoire, et ça, ça me gêne un peu. Quand on parle de grands mouvements d’émigrations non prouvés, on trahit le travail des généticiens, des archéologues et de toutes sortes d’autres métiers (en dehors des égyptologues qui ont trop de partis pris) qui ont du mal à démêler les fils de l’Histoire et à établir le parcours de l’humanité. Ils ont déjà des difficultés à trouver des consensus sans qu’il soit besoin d’y ajouter de la désinformation indissociable de la réalité dans un récit de fiction. Je ne connais pas les tendances de cet auteur, mais je suis à deux doigts de trouver ça malhonnête.

Mon analyse de Américan Gods

Ce n’est pas ce roman de 587 pages qui me fera changer d’avis.
D’après mon expérience, je n’ai jamais lu un roman de plus de 450 pages passionnant du début à la fin et dans lequel on ne s’ennuie pas. (Je n’ose pas m’attaquer au comte de Monté-Cristo pour ne pas ternir l’a priori que j’en ai). American Gods ne fait donc pas exception à ce constat tant je l’ai trouvé long. Au bout de 30 pages, je commençais à lire des lignes en travers. À 50, je sautais des paragraphes et à 200, des chapitres entiers. L’auteur a pensé à énormément de choses et a sans doute fait beaucoup de recherches et il a tout mis.

J’ai connu le nom de Neil Gaiman à travers le JDR et je voulais absolument lire quelque chose de lui pour voir. Avec American Gods, c’est comme s’il avait pondu une bible (c’est le nom donné au document de référence d’un univers créé par un scénariste) d’univers complet et qu’il avait tout balancé dans le roman, malgré un scénario qui tient en quelques lignes. Et comme par hasard, le roman a été adapté en série… tiens, tiens, tiens… Bref, ce n’est pas parce qu’on a une description pour chaque chose qu’il faut tout mettre dans un roman. En général, les lectrices savent ce qu’est une tasse à café et un grille-pain.

Le style d’écriture

Neil Gaiman ne connaît pas les ellipses. Si bien que quand Ombre entre dans sa chambre pour prendre un bain, vous en avez pour 3 pages. Vous connaissez la couleur du grille-pain sur le plan de travail et la forme de sa tasse à café. Idem lorsqu’il doit se choisir des vêtements chauds pour l’hiver ou qu’il achète une voiture. Quand je lis un livre, je ne veux pas qu’on me décrive un tableau, sauf à y faire passer des émotions. Je veux qu’on me raconte une histoire, vivre une aventure.

À côté de cela, l’auteur vous assomme de nombreuses digressions. On dirait que tout est fait pour retarder l’avancée de l’intrigue principale.
5 pages sur un gars qui va voir la mauvaise prostituée à Los Angeles.
9 pages sur une déportée anglaise qui arrive aux états unis en 1721.
11 pages sur un colporteur homosexuel qui perd son identité à New York.
16 pages sur une esclave africaine déportée aux états unis en 1778.
5 pages sur les premiers croyants des états unis en 14 000 avant J.C.
On a déjà 46 pages complètement dissociables de l’intrigue principale. Elles sont tellement indépendantes que certaines auraient pu faire des nouvelles sorties de ce roman.

Le scénario

Prometteur. Il tient sur un élu qui ne sait pas exactement pour qui il travaille. Cette personne a vite une forte emprise sur lui et l’entraine dans un voyage de la dernière chance.
Le scénario fait beaucoup de détours, la partie d’échecs, le vieux de Lakeside, sa femme qui vient le sauver chaque fois qu’il a des ennuis et qu’il est sur le point de mourir, si bien qu’on ne s’y attend jamais vraiment.

Les personnages

Nombreux. Très nombreux. Trop nombreux ? Sans doute.
La plupart sont très intéressants et bien développés, mais d’autres sont tout à fait dispensables.

On a les stéréotypes habituels :
Le mentor qui suit ses propres règles et défend ses propres intérêts. L’antagoniste qui est méchant parce qu’il en veut plus que les autres.
La sauveuse qu’on déteste, mais qui fait ce qu’elle peut pour se racheter.
Le camp des gentils est constitué de has been qui survivent comme ils peuvent et refusent de disparaître complètement.
Le camp des méchants est composé d’arrivistes modernes, de faux Dieux volatiles qui naissent et meurent comme un feu de paille.

Mention spéciale tout de même aux deux principaux, Ombre et Voyageur qui forment un duo inattendu et aussi dysfonctionnel que complémentaire. Un bémol à cela dans le comportement d’Ombre qui ne s’émeut de rien alors qu’il est mis face à des révélations délirantes et des personnages plus extraordinaires les uns que les autres.

Les lieux

Pittoresques dans le monde réel et fabuleux dans le monde onirique. Avec ce roman, vous serez familiarisés avec les bourgades typiques de chaque état, mais pas seulement. Un voyage extraordinaire.

Le final d’American Gods sans spoil

Alors vous m’avez lu jusque là et vous vous dites sûrement que je n’ai pas aimé ce livre. En fait, il a des défauts et beaucoup trop de longueurs pour que je l’apprécie pleinement. Par contre, les cent cinquante dernières pages sont d’une poésie et d’une beauté comme j’en ai rarement lu. On est entre le fantastique et la fantaisie avec un sens de la narration qui vous fait vivre un voyage hypnotisant et une bataille fabuleuse. On y trouve la mort, la rédemption, la renaissance et le pardon décrit avec une magie et un lyrisme incroyable. Neil Gaiman apporte des images admirables et éblouissantes à travers les descriptions de son imagination.

Américan Gods et la critique de l’Amérique

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Neil Gaiman aurait pu user et abuser du #cétaitmieuxavant (et ce n’est vraiment pas moi qui vais lui jeter la première pierre pour ça).

Les anciens dieux, bons ou mauvais, sont ancrés dans des traditions séculaires. Ils représentaient quelque chose. Ils avaient un rôle social. Si certains disent que la religion a été créée pour contrôler le peuple, on pourrait leur répondre qu’elle a aussi servi à l’organiser. Elle rythmait la journée, les mois, les années et établissait un code de vie d’une société stable et durable.

Les nouveaux dieux ne représentent rien de spirituel. Ils sont entièrement tournés vers le matérialisme et l’argent. Ils se nomment Internet, CAC40, Rotschild, IA, etc., et ne représentent que des valeurs éphémères et périssables.

Neil Gaiman décrit une fracture nette et irréconciliable entre ces deux mondes. C’est comme le rocher qui regarde passer une vague. Les vieux Dieux savent que les nouveaux ne sont qu’une passade et que les fidèles finiront par les renier de déception. Mais quand ?

Est-ce que je vous conseille

Pas sûr, sauf si vous avez une passion pour les guides touristiques et les longues descriptions.
Si au contraire vous êtes partisan du « tout vient à point à qui sait attendre » et que les descriptions et digressions vous font monter en tension jusqu’à un final éblouissant, alors foncez.