La révolution bolchéviste - dos
2 étoiles

L'anomalie, Hervé Le Tellier

Infos commerciales

L’anomalie, Roman Fantastique
397 pages aérées
édité par folio
première publication Gallimard en 2020
prix Goncourt 2020

Résumé du livre « l’anomalie »

240 personnes à bord d’un avion sont prises dans une tempête. Le capitaine les sorts de cette terrible anomalie climatique. La tour de contrôle leur impose de détourner leur itinéraire et de se poser sur une base militaire. Les passagers et l’équipage sont retenus en quarantaine. Ils apprennent qu’ils ont vécu un évènement bien surprenant.

Mon avis

mon avis sur « l’anomalie »

Les personnages sont au centre du livre

Pour les réfractaires du genre, non, ce n’est pas un livre catastrophe. Pas d’inquiétude pour les claustrophobes, l’histoire ne se déroule pas dans l’avion. Je vous rassure également, on ne suit pas les 240 passagers et membres d’équipage, mais « seulement » onze, dans un premier temps. Viennent ensuite une foule de personnages secondaires. Il est pourtant impossible d’en dire plus sans en dévoiler trop.

On a au début du livre une présentation des personnages à tour de rôle. Vient ensuite l’anomalie dans l’avion. Ensuite, on voit ce qui est mis en place suite à cette « anomalie » et l’on suit la réaction des personnages. Finalement, l’intrigue n’est pas très longue et c’est bien la multiplication des personnages et des cas de figure qui donne du corps à cette histoire.

L’anomalie survole ses thèmes

Le roman aborde un nombre considérable de thèmes plus ou moins développés comme le rôle des religions, notre place dans le monde, etc., mais le point le plus important part de cette question : vivons-nous dans une simulation ou dans une réalité ? Quelles seraient, de notre point de vue, les différences entre une simulation et la réalité ? Quel impact aurait notre prise de conscience sur nos actes ?

L’anomalie es tun contre-exemple d’écriture

« L’anomalie » est assez court et se lit plutôt facilement, pourtant sa taille n’empêche pas quelques longueurs. C’est d’ailleurs étonnant, car un des personnages est un auteur et quand il parle des retours de son éditrice, on imagine facilement ces commentaires dans la bouche de l’éditrice de H. Le Tellier sur le nombre de personnages, la longueur, le thème, etc.

Comparatif entre  « l’accident » et « l’anomalie »

voir le résumé de « l’accident »

Il faut que je vous parle d’une chose qui m’a surprise. Je sais qu’aucun ne me fera le reproche de me déjuger, car personne ne l’a lu, mais c’est exactement le genre d’histoire que j’ai écrite dans mon premier roman. Pourtant, c’est un fait, je n’aime pas les tranches de vie dans lesquelles on suit vingt personnes qui vont se croiser pendant quarante-huit heures sans vraiment se rencontrer. Loin de moi l’idée de me comparer à H. Le Tellier, mais je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre ce livre et le mien. Les deux ont été déposés à un mois d’intervalle donc je suis à l’abri d’être accusé de copier.

Premier parallèle avec mon propre livre, à la page 150, on a rencontré plein de monde, mais on ne sait toujours pas ce qui va se passer.

Deuxième parallèle : Les premiers personnages ne sont pas des personnages principaux. En tout cas, pas plus que tous les autres qui vont suivre. Ils sont là pour servir une histoire et sont le prétexte à un questionnement.

Troisième parallèle sur la structure : Le premier tiers sert de présentation, puis un point de bascule apparaît. Le deuxième tiers développe ce qui concerne le problème et ses conséquences et le troisième tiers explique comment les personnages vivent le problème. La fin est fataliste. Dans « l’anomalie », il y a un léger rebondissement final qui clôt l’affaire, mais ce n’est pas un effet « wahou ».

Quatrième parallèle : un personnage va jusqu’à faire le même commentaire entre ses regrets et ses remords.

Cinquième parallèle : on ne peut pas qualifier ce livre de « feel good ». Il porte plutôt un regard froid sur la société et se termine comme il doit se terminer. Pour les Happy-ends, on repassera.

La couverture de « l’anomalie »

Pour finir, un mot sur la couverture. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a pu guider ce choix ? OK, la fille est jolie, mais c’est quoi le rapport ? On peut lire partout que la couverture est la première rencontre du lecteur avec le livre et qu’elle doit annoncer la couleur. Les genres sont codifiés, il y a pour ainsi dire des « règles tacites » à respecter. Et là, elles m’échappent complètement. Même la quatrième de couverture présente le livre comme un thriller axé sur les caractères des personnages, preuve qu’il est difficile de trouver la juste de place de ce roman et que sa cible est floue.

Que retenir de « l’anomalie » ?

« L’anomalie » est sympa à lire. Il questionne, mais propose peu de réponses. Certaines formules sont admirables et participent à apprécier le tout. Mais ce livre a eu le prix Goncourt 2020. C’est peut-être de là que vient ma déception. Je m’attendais à un monument. Quelque chose de vraiment spécial. En fait, ce roman réussit l’épreuve de rassembler des éléments que tous les cours d’écriture vous déconseilleront. Comme la multiplication des personnages et les variations de points de vue qui vont avec ou la création de trames secondaires sans rapport avec l’arc principal et refermées à la va-vite dans les dernières pages.

Les questions et les thèmes sont très sympas et il y a de quoi faire. Si vous me posez la question de savoir si H. Le Tellier est parvenu à en tirer un bon roman, je vous répondrais, non. Pour la raison qu’il n’a pas de scénario développé. C’est une suite d’interrogations et de cas pratiques observés à la loupe. On est plus sur une étude anthropologique superficielle que sur un roman. Les arcs narratifs sont très courts et peu développés. Rien à voir avec « au revoir là-haut » ou « sa majesté des mouches » pour ne retenir que deux autres Goncourt.