hypérion 1, Dan Simmons - 4e
1 étoile

Hypérion 1, Dan Simmons se prend les pieds dans la SF

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Hypérion est un roman de science-fiction
Édité chez Robert Laffont
Publié chez Pocket
Dépôt légal juin 1995
273 pages

Résumé

7 hommes sont désignés (par une entité qui en a le pouvoir, mais dont on ne sait rien) pour voyager sur la planète Hypérion voir le Gritch (un monstre tueur aux pouvoirs incommensurables). Pour apprendre à se connaître, ils décident chacun à leur tour de partager leurs connaissances sur Hypérion.
Le tome 1 ne comprend que les versions de 3 participants. J’ai eu du mal à comprendre, au début, que ces flashbacks composaient l’essentiel du livre.

Mon analyse d’Hypérion

L’info dumping

Vous connaissez ? C’est le fait de bombarder le lecteur d’informations et de descriptions dès les premières pages, parfois jusqu’à l’overdose. Avec Hypérion, on est en plein dedans et la somme d’informations est mal dirigée. Elle concerne une foule de détails sans importance, alors que vous ne savez rien sur le fonctionnement du monde. Cela vous donne l’impression d’avoir des œillères et qu’on ne veut pas vous montrer ce qui vous entoure. Vous voyez tous les détails qui sont immédiatement à votre portée, mais rien de ce qui va un peu plus loin. Cela ne serait pas gênant si l’histoire se déroulait dans un périmètre limité, mais non, justement, on vous nomme tout un tas de trucs que vous ne comprenez pas sans vous éclairer à aucun moment.

Les descriptions encombrent tellement le texte qu’on a l’impression que même les scènes d’action passent au ralenti. L’emploi de mots inventés incompréhensibles est contre-productif pour la tension narrative. Quand le colonel tente de s’extraire de son cockpit, l’auteur nous dit que le « sperces » s’insinue dans la cabine. Qu’est-ce qu’on en a à foutre si on ne sait pas ce que c’est ? Est-ce qu’on doit avoir peur que ça bouffe le héros ? Est-ce que c’est un truc qui va l’aider ?

La construction de la science-fiction

J’ai lu de la science-fiction. Parfois, il faut s’accrocher quand on est dans la hard science, mais là… C’est tout simplement un brouillon de monde ; rien d’abouti. Cela ne me dérange pas de lire un livre avec le dictionnaire à côté. Pas de problème, en plus j’apprends des choses. Ici, ce n’est pas la peine. Les fois où je l’ai fait, c’est pour me retrouver avec des références que je n’arrive pas à relier à l’histoire. Je cite les vaisseaux à effet spin. Le spin est en rapport avec les propriétés quantiques des particules. Naturellement, il n’y a pas plus de précisions sur l’utilité de ce truc pour les voyages, c’est juste balancé comme ça.
Les masers à basse tension (en gros, un taser). Les gens voyagent dans des hamacs cryotechniques, bha ouais, pourquoi pas, après tout.

Page 175 :

« La force utilisa ses modulateurs distrans pour contourner les positions de l’ennemi et le forcer à accepter le combat… »

Cet un exemple typique de la SF selon D. Simmons. « la force », on ne sait pas exactement de quelle armée il s’agit ni à quelle autorité elle est soumise. Les modulateurs, on ne sait pas ce que ça fait ni comment ça agit. Avec cette phrase, il est impossible au lecteur de se représenter la scène qui se déroule, ni sa complexité ou sa simplicité. Elle ne sert à rien à part brouiller la lecture.

Page 271 :

« … l’humanité sera prête à rejoindre le dodo, le gorille et le grand cachalot au palmarès de l’extinction des espèces. »

Sauf que la terre a été détruite plusieurs siècles plus tôt. Faut-il faire la liste de toutes les espèces qui ont disparu ?

Je vous laisse profiter de cette page de description évocatrice :

hypérion 1, Dan Simmons - description

La surcharge de descriptions m’a donné l’impression de lire un guide touristique dont les différentes histoires servent de prétexte à l’auteur pour se faire plaisir à partager sa création d’univers alors que je m’attendais à une sorte de space opera.

Construire un univers de SF ne se résume pas à employer des termes inutilement compliqués à tour de bras sous peine de franchir le pas du ridicule.

Un univers incohérent de bout en bout

Reprenons point par point.
Il est écrit que la terre n’existe plus.
Une phrase perdue indique que l’année 2990 appartient au passé. On imagine que le comptage suit toujours celui de la terre, mais rien ne l’indique. L’année 2100 d’une planète dans un système pourrait très bien être le futur de cette année 2990 qui est citée. La chronologie est complètement floue.
Hypérion se situe à 600 al de l’ex-position de la terre et celui dont on suit l’histoire est âgé de 46 ans (il me semble). J’espère que vous suivez. Et bien, figurez vous que ce type de 46 ans parle de sa jeunesse à Villefranche-sur-Saône… et oui. En 46 ans, le type a vu la terre disparaître et il a parcouru 600 al. Bon déjà, là, avouez que ça coince. Plus loin, on apprend qu’il y a 1600 groupes d’humains disséminés dans l’espace qui ont été envoyés dans des vaisseaux d’ensemencement. Ils se frottent à une seule race extra-terrestre appelée « extro » (original).
Au début, un des personnages, qui se trouve à bord de son vaisseau à effet spin, joue du piano sur un Steinway. Vous avez remarqué, dans les films et les livres, il n’y a qu’une seule marque de piano. C’est forcément un Steinway, bref. Le gars boit du scotch, pas hyper futuriste. Ça ne fait pas rêver.

Ensuite, il compare une collaboratrice à Churchill… Sérieux ? C’est comme si en 2024 on disait « Macron, il ressemble trop à Philippe 1er ». Qu’est-ce qu’on a retenu de Philippe 1er si on n’est pas historien ? Et en quoi peut-on comparer deux dirigeants séparés par un millénaire dans des contextes radicalement différents ?

Au milieu de tout cela, on a un consul. On connaît chaque détail de son uniforme, mais pas un mot sur l’ordre auquel il appartient.

C’est comme ça pour tout. Les principaux éléments de l’univers sont complètement éludés. On ne sait pas quel type de gouvernement est en place. Quels rapports entretiennent les planètes les unes avec les autres ? On nous parle d’une hégémonie, mais on ne sait pas ce qu’elle dirige. On nous parle du Gritch, mais on ne sait pas d’où il sort. On nous parle des tombeaux du temps, mais on ne sait pas du tout ce que c’est, etc, etc.

Les anachronismes et le christ intersidéral

Un autre aspect qui m’étonne est la présence des religions. Je ne connais pas le rapport qu’entretenait Dan Simmons avec la religion, mais je trouve cela étonnant que le niveau de connaissance et la maitrise technologique de l’humanité qu’il décrit laissent une place à Dieu. Il insiste même à plusieurs reprises sur le « nouveau Vatican » et les reproductions des basiliques terriennes. Des sunnites exterminent des chiites. Sur les 1600 colonies, il a fallu que ces deux là qui ne peuvent pas se supporter se retrouvent sur la même planète ??? Un colonel musulman mène une guerre sur les paroles du coran et j’en passe et des meilleures. Un vrai fourre-tout sans queue ni tête.

Quand j’imagine l’envoi de populations dans l’espace, étonnamment je ne peux pas m’empêcher d’envisager un groupe sélectionné pour être compatible. C’est-à-dire éviter les sujets de désaccords. C’est à dire en tout premier lieu, supprimer les religions de l’équation, dès qu’on parle du futur de l’homme dans l’espace. Chaque fois, j’en reviens à cette conclusion qu’on ne peut pas exporter ces coutumes malsaines en dehors de la planète.

L’art de la guerre dans Hypérion

Quand le colonel revient sur sa formation, elle commence par la simulation de la bataille d’Azincourt… Les gars ont des vaisseaux spatiaux, des armes des destructions massives qui feraient saliver G.W. Bush, des lasers, des satellites armés, etc, et les soldats étudient une bataille de 1415 ? OK, je ne me pose même plus la question…

Le bushido n’est pas en reste. Il est même un temps remis à l’honneur. Les dirigeants trouvent intolérable que les guerres fassent des morts civiles et décident de replacer les guerres sur des champs de bataille restreints avec uniquement des professionnels pour se foutre dessus. Pour cela, ils laissent leurs vaisseaux et armes nucléaires au vestiaire et prient les populations opprimées de ne pas commettre d’actes terroristes. C’est à mourir de rire. D’autre part, pourquoi ne pas pousser le raisonnement jusqu’au bout et limiter la perte inutile de militaires et passer directement à un affrontement en duel entre deux champions des camps opposés ? Pourquoi est-il acceptable d’envoyer des militaires à la boucherie pour le plaisir ?

La suspension volontaire d’incrédulité en PLS

Pour toutes ces raisons et dès les premières lignes, il est impossible de se plonger pleinement dans ce tome 1 d’Hypérion. Si vous êtes comme moi et que vous avez tendance à vous focaliser sur des détails qui vous agacent, c’est foutu. J’ai commencé par sauter des lignes de descriptions qui ne m’apportaient rien, puis des paragraphes et la tentation était grande de sauter des pages entières. J’ai pourtant tenu bon, y compris quand le prêtre est face à une faille de 2000 m au-dessous de lui et qu’il entreprend de descendre en s’aidant de lianes. Au bout d’un moment, je trouvais plus cela risible qu’autre chose.

Le scénario

Il est vraiment très mince, presque inexistant, réduit à un pitch. Une organisation recrute 7 pèlerins pour visiter un monstre destructeur, pour faire un vœu…

Le découpage

Le texte est donc composé de 3 flashbacks qui auraient pu être des nouvelles intéressantes si elles avaient été simplifiées et indépendantes. On retrouve un fil rouge qu’on a plaisir à suivre et un antagoniste qui prend forme au fur et à mesure des pièces que rapporte chaque narrateur qui l’a rencontré.

Les personnages

Là encore, le montage est étrange. On vous détaille les 7 « élus » pour un pèlerinage qu’on quitte aussi vite pour un long flashback. Les 7 sont largement décrits dans un tour de table classique. Ils sont vraiment autour d’une table et on passe de l’un à l’autre sans guère de transition. Si vous écrivez vous-même, c’est exactement l’exemple de ce que tous les conseils d’écriture vous disent d’éviter.

Les lieux

Je ne vais pas me répéter, les arbres ont des noms improbables, on connaît tout de la faune et de la flore d’une forêt, mais on n’arrive pas à se représenter cette forêt sur une planète. Exactement comme dans Star Wars où les planètes sont résumées à un village ou un bar.

Est-ce que je vous conseille Hypérion

Si vous êtes un fan inconditionnel des descriptions, que vous prenez votre pied à lire des listes de paragraphes entiers détaillant les plus petites choses, mais uniquement celles sans importance, alors ce livre est fait pour vous. Sinon, « fuyez, pauvres fous ».

Est-ce que je lirai la suite ? Et bien oui. Pas par attachement à l’histoire ni aux personnages, mais bien par curiosité littéraire et peut-être pour répondre à mon interrogation de ce qui a fait le succès de ces livres, mais surtout parce que j’ai trouvé les 4 livres ensemble dans une boite à livre.