l'appel de cthulhu - Gou Tanabe - 1e
l'appel de cthulhu - Gou Tanabe - 4e
4 étoiles

L'Appel de Cthulhu, H.P. Lovecraft

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Nouvelle d’Horreur
Écrite en 1926
Publiée en 1928 dans Weird Tales
Édité chez Denoël, traduit par Claude Gilbert
Ma version est éditée par Robert Laffont en 1991 dans la collection bouquin
28 pages

Résumé

Francis W. Thurston retrouve un bas-relief dans les affaires de Georgez G. Angell dont il est exécuteur testamentaire. Celui-ci représente une sorte de monstre accompagné de hiéroglyphes. F. W. Thurston remonte la piste du graveur qui explique avoir produit cette sculpture pendant un rêve. Thurston rencontre ensuite un inspecteur qui a interrogé les survivants d’un naufrage qui emportaient une sculpture étrangement comparable à la sienne. Il compile ainsi un savoir atroce et dangereux pour lui et pour toute l’humanité.

Mon avis sur « l’Appel de Cthulhu »

C’est une très bonne nouvelle. Elle est bien construite avec une progression du doute et de l’horreur au rythme des informations que le narrateur collecte.
On note à nouveau le procédé de confusion adopté par Lovecraft qui mélange fiction et réalité. Par exemple, dans cette nouvelle, il cite dans la foulée des livres réels et des auteurs connus amalgamés avec d’autres de sa création. Pas étonnant que certains se présentent dans les bibliothèques pour consulter le Nécronomicon. Dans le cas présent, on fait facilement la distinction entre les références et la fiction, mais il arrive que certaines fois la nuance soit moins évidente.

C’est peut-être aussi cet aspect qui rend les monstres de Lovecraft plus horribles que d’autres. Ils ont tout simplement un pied dans notre univers, au sens propre ; leur origine est liée à des éléments de notre monde. Ces créatures peuvent donc osciller entre l’œuvre de l’écrivain et la réalité.

Que retenir de « L’appel de Cthulhu »

C’est ma première lecture de cette nouvelle et je n’aurais pas imaginé qu’il ait pu y avoir des survivants à une rencontre avec Cthulhu. Pourtant, c’est évident. Il en faut toujours un pour raconter aux autres l’horreur dont il a été témoin et semer la peur et le doute dans l’esprit de tous les hommes.

C’est une nouvelle intéressante, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi on la considère comme la pierre angulaire du mythe. J’ai du mal pour l’instant à lui trouver un intérêt plus prononcé que d’autres textes comme les montagnes hallucinées qui font, à mon sens, beaucoup plus état de la cosmogonie Lovecratienne.
C’est peut-être dû au charisme naturel de Cthulhu…

L'appel de Cthulhu, Gou Tanabe

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Manga, adaptation de la nouvelle de HP Lovecraft
Publié en VO en 2019
Édité en français par Kioon en 2020
278 pages

Résumé

Voir la nouvelle de H. P. Lovecraft ci-dessus.

Mon avis sur l’Appel de Cthulhu version Manga

Immédiatement, on remarque que la nouvelle de 28 pages passe à 278 pages dans sa version manga. On s’imagine qu’il y a eu des ajouts et on craint une adaptation hasardeuse.
Encore une fois, il n’en est rien. En tout cas pas pour le principal. On note un petit écart discutable et des ajouts plutôt de bon ton.

Les points négatifs

Dès les premières pages, on constate une différence entre les deux versions. Chez Lovecraft, Georgez G. Angell, l’archéologue qui faisait des recherches sur le culte de Cthulhu, meurt brutalement. Son arrière-neveu pense que s’il s’était su en danger, il aurait détruit ses notes pour qu’elles ne soient connues de personne. Tant il savait que ce savoir était dangereux pour l’homme.
Chez Gou Tanabe, l’archéologue, poursuivi par deux hommes, se sait en danger. Il décide donc : « je dois consigner les connaissances dont je suis dépositaire ». Il ajoute plus loin : « ce que j’ai découvert devrait rester ignoré de l’homme pour toujours ».
On se demande pourquoi il écrit si ce n’est par volonté de nuire…

Le plus gros défaut de ce tome vient, pour moi, du dessin des personnages qui tombe dans le travers du manga. Les personnages ont tous de grands yeux ronds et sont complètement inexpressifs. Dommage.

Certaines pages montrant des parties de la créature sont brouillonnes et incompréhensibles. OK, ça correspond à Cthulhu, mais pour un lecteur c’est pénible de scruter une image en se demandant ce qu’il regarde. On se croirait presque dans la fin de « Akira » avec ce monstre gigantesque et difforme qui s’attaque à tout. J’aurais préféré une interprétation de l’ancien Dieu, même si ça aurait été plus risqué.

AKIRA

Il manque aussi quelques touches de malsain présentes dans la nouvelle. Par exemple : « Cthulhu était à nouveau libre et ivre de joie ». Il manque aussi beaucoup de folie. Les « ha ha ha » d’un Briden aux yeux ronds de bout en bout ne sont pas du tout convaincants.

Et aussi certains passages originaux qui font tout le sel de l’histoire et qui ont été zappés dans cette version, comme celui-ci :

« Les prêtres secrets pourraient aller chercher le grand Cthulhu dans sa tombe pour qu’il redonne vie à ses sujets et se remette à gouverner la terre. Il ne serait pas difficile de savoir quand ce temps serait venu, car, alors, l’humanité serait tout à fait semblable aux grands anciens ; libre et fougueuse, au-delà du bien et du mal, les lois et les morales rejetées, tous ses membres criant, tuant, se divertissant joyeusement. C’est alors que les anciens, libérés, leur enseigneraient de nouvelles manières, de crier et de tuer, de se divertir et de jouir de leur existence ; puis toute la terre s’enflammerait dans un holocauste d’extase et de liberté. »

Si l’on retire les intentions divines de Cthulhu, on prend le risque de le réduire à un simple monstre, alors que l’on comprend qu’il n’est pas plus méchant que le lion qui dévore une gazelle. Il est simplement plus chaotique.

Les points positifs

En images, la trame de l’histoire, avec ses trois temporalités différentes, est beaucoup plus lisible. Certaines images, particulièrement les doubles pages sont magnifiques et très immersives. Beaucoup plus parlante que les descriptions à base de « cyclopéen », « gigantesque » ou « innomable ».

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La « visite » de R’lyeh en images est fantastique. Des passages ont été allongés avec quelques ajouts créatifs pour le bien de l’histoire. La grande cité est très bien rendue. La porte de la prison de Cthulhu est véritablement impressionnante et d’un autre monde. Les passages entre le grand ancien et les marins rendent bien compte de l’insignifiance de la race humaine et du danger qu’il représente.

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Que retenir du manga « L’appel de Cthulhu »

Intéressante version de la nouvelle qui apporte son lot de visions personnelles de l’auteur en adéquation avec l’œuvre originale. On passe facilement sur les quelques défauts pour profiter de cette plongée en abîme rendue glaçante par le style de Gou Tanabe.