La légende de Drizzt — tome 1, un vrai coup de foudre
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La légende de Drizzt est une série de romans écrits pas R. A. Salvatore qui prend place dans les royaumes oubliés (un univers de Donjons & Dragons). Terre Natale est le tome 1 sur 32.
Édité par Bragelonne en 2008
Ma version est celle publiée par hachette collection en 2021
318 pages
Résumé
La nuit où la maison Do’Urden annihile la maison Devir, un jeune mâle, le troisième fils de la matrone nait. Destiné à être sacrifié, le deuxième fils va lui sauver la vie en assassinant le premier fils pour prendre sa place. Drizzt do’Urden devient le deuxième fils. Il vivra. Ainsi commence sa vie. Il grandit et démontre des facultés hors normes dans le combat et de bonnes aptitudes dans les arts magiques. Il est envoyé à l’académie, mais malgré son talent pour les armes, ses instructeurs n’arrivent pas à faire de lui un guerrier sanguinaire nourri de haine. Drizzt va grandir et être confronté à des expériences traumatisantes qui vont l’éloigner de la cruauté de Lolth, la déesse-araignée.
Mon avis sur ce tome 1 de la légende de Drizzt
C’est un vrai coup de cœur. Tout dans ce livre est génial. L’ambiance, les descriptions, les personnages, les combats…
J’avais reculé devant cette série à cause des trente-deux tomes, mais c’est une erreur. Ce premier volume a une fin propre et mérite d’être lu, même pour ceux qui s’arrêteront là.
L’ambiance dans Menzoberranzan
Les elfes noirs (appelés Drows) sont cruels. Élevés dans la haine de tout ce qui n’est pas de leur famille, ils vivent pour s’élever dans une hiérarchie à coups d’épée dans le dos et autres traitrises.
Les femelles dirigent leur famille d’une main de fer pendant que les mâles s’occupent à obéir et à ne surtout pas décevoir les matrones sous peine de mort. Cette société est impitoyable. Les relations entre les clans et les rivalités sont très bien exposées et on comprend vite les sous-entendus de certaines situations.
Les descriptions de la terre natale de Drizzt
Si vous avez lu d’autres articles, vous savez peut-être que je n’apprécie pas vraiment les descriptions qui tirent en longueur. Cette cité de l’outreterre habitée par les elfes noirs est gigantesque, on n’y étouffe pas. On plisse les yeux pour percer les manigances qui se trament dans l’obscurité, mais à aucun moment on a l’impression de redondance.
Ici, il n’est pas question de décrire les couleurs des pierres des maisons, mais principalement des relations sociétales. C’est un véritable « worldbuilding » qui ne se résume pas à une couche de vernis sur quelque chose de déjà vu et revu. D’ailleurs, à part dans la violence, on ne sait pas comment vivent les drows. Par exemple, on ne sait pas ce qu’ils mangent et on n’a qu’une information rapide sur leur bétail. Toutes les descriptions servent à déterminer ce qu’est un drow et quelle est sa raison d’exister en fonction de son rang.
Les combats
Je détache les combats des autres descriptions parce que pour moi, ils nécessitent un mot particulier.
La fantasy épique passe par nombre de combats dans lesquels le héros affronte des opposants qui sont des étapes à son ascension.
Parfois, ils sont rapides et suggestifs. On ne s’y attarde pas, mais on ressent une petite frustration. On aurait aimé sentir le goût du sang et entendre les lames s’entrechoquer.
D’autres fois, ils sont techniques, laborieux, fastidieux, pleins d’un jargon propre à l’escrime ou au duel. C’est un ennui terrible et il arrive même qu’on peine à se représenter la scène qui est frappée de lenteur démesurée.
Ici, ils sont parfaits. Pourtant ils sont nombreux, sur plusieurs pages, mais ils sont décrits dans un vocabulaire classique et facile à comprendre. Ils sont aussi pleins de mouvement, d’intuition des combattants et la magie peut s’emmêler.
Les personnages
Les personnages sont tous intenses. On sait d’où ils viennent, ce qui les tient, et où ils vont. Ils sont tous un nœud de l’immense toile qui se tisse et se déchire à Menzoberranzan. Ils sont ce qu’ils doivent et certains ne vont pas plus loin, mais d’autres tentent d’échapper à leur condition, par le renoncement, la fuite ou la violence. Dans tous les cas, il y a ce qu’ils laissent paraître et ce qui les anime réellement. Ces caractères sont plus travaillés sur les personnages que Drizzt trouvera sur son chemin de vie, mais ils sont globalement tous très bien travaillés que ce soit pour eux-mêmes ou pour renforcer le côté sociétal de la civilisation drow.
Le scénario
C’est le dernier point fort de ce livre qui n’a aucune faiblesse. Il ne souffre d’aucun temps mort. Soit une intrigue se met en place, soit une intrigue se dénoue, soit des drows se battent pour l’un ou l’autre.
On fait d’abord connaissance avec la famille Do’Urden et le rôle que chacun occupe dans cette faction, ainsi que leur attaque sur une maison plus faible. Drizzt nait. Il passe différents tests, puis est confié à sa sœur avant de rejoindre l’académie pour sa formation au combat et à l’obéissance aveugle dans les prêtresses de Lolth.
C’est un récit initiatique dans un monde hostile, jalonné de morts, de remises en question et d’interrogations. Il passe dans un broyeur de personnalité. On lui apprend autant qui il est que qui il devra être pour reproduire un schéma toujours plus oppressif.
La narration et les ellipses
Le tome 1 compte l’histoire de la famille Do’Urden d’avant la naissance de Drizzt et pendant ses quarante premières années. Le rythme est soutenu. On ne s’ennuie pas en outreterre, mais naturellement, les journées se ressemblent et l’auteur use de très nombreuses ellipses là où d’autres auraient volontiers rallongé la sauce jusqu’à l’affadir.
Le pouvoir des ellipses est vraiment redoutable dans une narration. Elles permettent de supprimer tout le gras qui ne sert pas la trame de l’histoire pour en garder l’essence. Le récit gagne beaucoup en nervosité. C’est malheureusement une formule trop souvent délaissée par les auteurs qui semblent vendre leurs ouvrages au poids.
Mon avis sur le début de la légende de Drizzt
Un sans faute. Je ne saurais trouver un aspect négatif à ce livre de R.A. Salvatore.
Pour moi, cela rejoint les meilleurs livres de Fantasy avec le seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien (faut-il vraiment le préciser ?), le cycle des princes d’ambre de Roger Zelazny et les chroniques de Krondor de Raymond Feist.