les gardiens du phare - emme stonex - 4e
5 étoiles

Les gardiens du phare de maiden rock ont disparu

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Les gardiens du phare est un roman de Emma Stonex inspiré d’une histoire vraie
Édité par Stock et publié par Le Livre de Poche
Dépôt légal octobre 2023
394 pages

Résumé

Trois gardiens se relaient pour maintenir le phare de la maiden en pleine mer. Lors du réapprovisionnement, le capitaine du bateau découvre un phare vide, portes fermées. Certains indices laissent penser que le gardien-chef a perdu la tête. Leurs veuves vont vivre cette disparition chacune à leur manière. Vingt ans plus tard, un écrivain veut faire un livre qui fait la lumière sur cette affaire. Il va interroger les femmes des gardiens et reconstituer l’histoire de ces trois hommes.

La véritable histoire des gardiens disparus

En 1900, ce sont les trois gardiens du phare d’Eilean Mor qui disparaissent. L’énigme n’a jamais été résolue. Emma Stonex reprend une partie des indices retrouvés sur place. Le repas inachevé, les horloges arrêtées, les portes fermées et les manteaux encore présents. Elle livre une version personnelle de ce qui a pu arriver en imaginant le passé de ses propres personnages.

L’hypothèse la plus rationnelle et plausible retenue est celle de la vague scélérate (une onde marine imprévisible qui peut se déclencher n’importe où et n’importe quand). La tempête faisait rage depuis quelques jours. Peut-être que deux gardiens étaient dehors pour une raison quelconque (maintenance ?). Ils se seraient fait emporter par une vague plus grosse que les autres. Le troisième gardien serait précipité à l’extérieur pour les aider et aurait été emporté à son tour. Ce qui n’explique pas les horloges arrêtées et les portes fermées.
Naturellement, ce n’est pas l’histoire qu’Emma Stonex a retenue dans sa version.

Mon avis sur les gardiens du phare

J’aime les phares. C’est inexplicable, ces monuments m’attirent. J’aime leur rudesse, leur isolement, leur silence et leur présence face à l’adversité face aux éléments. C’est la seule raison qui m’a poussé vers ce livre. Pas la couverture ni la quatrième que je n’ai pas lue avant de commencer.

Le montage chronologique

Ce roman prend une première liberté avec la véritable histoire en replaçant les faits en 1972. L’écrivain commence son enquête en 1992 en interrogeant les veuves des gardiens. L’autrice choisit logiquement d’alterner les chapitres qui se déroulent entre la vie des gardiens en 1972 qui se confrontent au récit à postériori vingt ans plus tard.

Le style de narration

À cette alternance, s’ajoute pour chaque interrogatoire de l’écrivain, des passages à la première personne des femmes interrogées qui donnent leur version sous forme de dialogue dont l’interlocuteur est absent et des passages à la troisième personne un peu plus neutre.
Toutes ces variations de ton et de temps sont déroutantes et difficiles à suivre au début, mais on finit par s’y adapter. Naturellement, c’est beaucoup plus simple quand on lit vite pour ne pas perdre le fil de l’histoire.

L’écrivain qui fait son enquête est mentionné dans les parties à la troisième personne, mais il n’apparait tangiblement dans un dialogue que dans le dernier chapitre. C’est une manière très inhabituelle et très intéressante de manier un personnage.

L’ambiance de l’isolement

Cette partie est vraiment la plus passionnante de mon point de vue. On voit qu’Emma Stonex s’est particulièrement documentée sur le fonctionnement des phares, le comportement des gardiens et une foule de petites choses qui rendent l’expérience très immersive.

Citation p 374
« Le quart de Vince s’achevait. Le sien commençait. Arthur chargea la corne de brume et tira dans l’ouragan, signal d’avertissement que le vent dispersa. Les vagues déferlaient ; l’écume bouillonnait ; c’était le chaos. Des éclairs fissuraient les ténèbres, la mer noire, les cieux noirs, l’océan fulminant. La tour tremblait sous les assauts des éléments déchainés, les paquets de mer qui se brisaient et les gerbes d’eau furieuses qui s’élevaient jusqu’à la lanterne.
Arthur ferma les yeux et se vit tomber en avant.

La gestion du suspense

C’est un atout majeur de ce livre qui fait que vous ne le refermez pas après une trentaine de pages. La mise en place est un peu longue, car le début pose une situation dont une bonne partie est connue si vous vous êtes un tout petit peu renseigné sur ce mystère. Pourtant, il y a toujours un petit truc qui titille votre curiosité. Une information anodine glissée dans un monologue recueilli par l’écrivain ou un détail ajouté à une description qui apporte un nouvel éclairage sur un personnage. C’est souvent fait innocemment de la manière la plus naturelle et on pourrait passer à côté si on n’y prend pas garde. Là aussi, c’est manié avec beaucoup d’habileté et c’est un délice à lire. Pour une fois, le lecteur n’est pas pris pour un débile à qui on doit tout expliquer de manière ultra explicite et ça fait du bien.

Lire un roman tiré de faits réels non élucidés, est-ce une bonne idée

À première vue, j’aurais dit non. C’est bien le fait que cela se déroule dans un phare qui m’a poussé vers ce livre. Sinon, j’aurais passé mon chemin. Et j’aurais eu tort. L’autrice cré un personnage qui enquête sur un mystère. On ne le devine pas au début, mais c’est ce point spécifique qui fait tout le sel du livre, même si ce personnage n’apparait que dans le dernier chapitre.

C’est assez ambigu, car l’explication sur cette affaire n’est pas donnée directement par l’autrice qui ne peut donc pas être accusée de modifier l’Histoire ni d’être complotiste ou autre. Ce personnage la dédouane de ses propres idées. Et pourtant le fait que ce personnage ne soit que mentionné, qu’il soit plus une ombre qu’un personnage donne l’impression d’être celle de l’autrice.

Pour en revenir au fait de lire sur une histoire vraie non résolue, ici, on est loin de Titanic. L’autrice à travers son personnage d’écrivain livre une fin magnifique et la reprend aussitôt. C’est vraiment bien trouvé. C’est une fin géniale. J’ai horreur des fins ouvertes et ici, on a plus qu’une fin. Difficile d’en dire plus sans en dire trop, mais l’autrice nous gratifie dans le dernier chapitre de quelque chose parfaitement géré, inventif et jubilatoire.

Qu’est-ce qu’on retient des gardiens du phare

Tout d’abord, c’est une excellente surprise. Le suspense est parfaitement géré et le style d’écriture complètement maitrisé. À beaucoup de points de vue, ce roman est passionnant. On y trouve des originalités surprenantes et le tout en fait un cours d’écriture très instructif. La rare cinquième étoile que j’attribue est gagnée sur le surprenant dernier chapitre.