Calendar girl de juillet, Mia danse
Informations commerciales
Calendar girl est une série de nouvelles de romances érotiques écrite par Audrey Carlan
La nouvelle de juillet fait 200 pages écrites très gros.
Traduit de l’américain par Robyn Stella Bligh (ça a son importance pour la suite)
Publié par Waterhouse Press en VO et par Le Livre de Poche en français.
Résumé
Mia est une escort, pas une pute. Traduction pour les néophytes : Mia décide avec quel client elle baise. En juillet, Mia travaille pour le rappeur le plus en vue des états unis pour danser dans son nouveau clip. Problème, Mia ne sait pas danser et une récente expérience d’agression crée un blocage. Heureusement, l’arrivée de Wes, son plan cul de janvier, va « décoincer » la situation.
Mon avis sur le mois de juillet
Naturellement, je ne peux pas me prononcer sur la série entière. Mon avis ne concerne donc que le mois de juillet de calendar girl.
Je vais faire court, je n’ai pas aimé du tout. Pas étonnant, je ne suis pas dans la cible, pas client. J’ai lu ce livre pour élargir mon horizon littéraire. Perdu.
Pire, il a complètement renforcé l’avis que j’avais sur ce type de texte.
Calendar girl érotique, mais pas tant que ça
Mia et son amie Gina (on sent la recherche) passent leur temps à se traiter de salopes ou de trainées sans aucune raison apparente. Sans doute un jeu entre elles pour se donner de l’importance comme des ados qui voudraient se faire plus chaudes qu’elles le sont pour frimer. Bon. En fait, Mia couche avec des hommes et en fait un peu trop, mais bon. Si vous avez eu l’expérience d’une relation qui a duré quelques mois avec des éloignements de quelques jours, vous savez que la moindre occasion est bonne à fêter. Cool, il reste des pâtes. Bim, un petit coup avant de manger pour fêter ça. Bref, rien d’extraordinaire…
Le respect de la grammaire n’est pas une option
Calendar girl a un mérite : nous faire réviser une règle d’écriture incontournable. Je parle des incises dans les dialogues.
Calendar girl est écrit au présent et à la première personne du point de vue de Mia. Il n’échappe pas au problème que cela cause dans la narration. On a un personnage autocentré qui exprime intérieurement ses sentiments ou ses émotions comme si elle s’adressait à une personne extérieure dans le seul but d’en faire profiter le lecteur. Sauf que dans la vraie vie, personne ne se parle à lui-même. Disons presque personne pour ne pas froisser ceux qui se tiennent compagnie ou qui arrivent à se disputer avec eux-mêmes. Bref, outre ce problème de narration difficile à éviter, l’écriture au présent pose un autre problème : celui de l’écriture des incises de dialogue à la première personne.
Voici un exemple classique écrit au passé simple/imparfait :
« — Bonjour ! dit Bilbo.
— Qu’entendez-vous par là ? dit-il. Me souhaitez-vous le bonjour ou constatez-vous que c’est une bonne journée que je le veuille ou non, ou que vous vous sentez bien ce matin, ou encore que c’est une journée où il faut être bon ?
— Tout cela à la fois, dit Bilbo. »
Vous aurez reconnu la 5e page de « Bilbo le hobbit ». Parfaite. Géniale. (Hormis la répétition du verbe « dire » qui est perfectible).
Et, même si vous n’y prêtez pas attention habituellement, vous ferez attention à la facilité de lecture du passé et de la troisième personne. Notez aussi la règle grammaticale des incises qui impose l’inversion du verbe et du sujet, comme pour la forme interrogative, ainsi que l’absence de majuscule après une ponctuation qui en nécessite une dans la forme de narration classique.
Ce n’est pas une option en écriture. C’est une règle grammaticale ; une convention qui rend la lecture fluide et claire.
Voici maintenant un extrait de Calendar girl :
— OK. Alors fonce ! je m’exclame en lui mettant une fessée.
Passons sur le fait qu’une fessée dure quelques instants (sinon c’est une claque) et qu’une exclamation est une interjection brève et ponctuelle. Ce qui rend ces deux actions incompatibles ensemble à moins de s’exclamer de manière répétitive, ce qui rend la situation grotesque. Concentrons-nous sur la forme de cette partie de dialogue. Une exclamation, suivie d’un point d’interrogation. La phrase suivante commence par une minuscule ; sujet, verbe, complément. Ceci n’est pas une incise. C’est une phrase fautive à laquelle il manque une majuscule et qui est distincte de la précédente. La forme de l’incise aurait été : « m’exclamé-je en lui mettant une fessée ».
Ça me pose deux questions auxquelles il n’y a pas de bonne réponse.
Les traductrices de romances respectent-elles leurs lectrices ?
La forme des incises au présent et à la première personne n’est pas très esthétique à lire et assez inhabituelle, certes. Mais, comme dit plus haut, ce n’est pas une option. Pourquoi employer pendant tout le livre une forme fautive ? La faute à Robyn Blight ? Cette personne a un master en traduction et plus de cinquante livres de romance traduits et publiés. Je préfère ne pas l’envisager ; à moins que ce soit une particularité de la romance acceptée par toutes.
Les éditrices de romances respectent-elles leurs lectrices ?
Y a-t-il eu une relecture du texte ? Comment un livre truffé de la même faute à longueur de pages peut passer ? Est-ce que par hasard, les éditrices ne sous-estiment pas leur lectorat en se disant qu’elles ne vont pas comprendre si c’est écrit normalement ?
J’ai aussi le mois de décembre que je ne m’infligerai pas, mais je l’ai parcouru et on retrouve le même parti-pris orthographique. Pourquoi mépriser les règles d’écriture volontairement ?
Le mystère reste entier.